Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 1:40 PM CEST, Jun 18, 2019

Les Capucins en Roumanie

Les Capucins en Roumanie

La Custodie « Bienheureux Jérémie de Valachie »

Bref historique et actualité

À l’occasion de la visite du Pape François en Roumanie, nous désirons faire connaître la présence et le travail que les frères capucins font dans ce pays.

Les premiers frères capucins sont arrivés sur le territoire de l’actuelle Roumanie en 1725. Ils provenaient de la Province d’Autriche, appelés par l’évêque catholique de la ville d’Oradea. Là, ils construisirent une église nommée « Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie » et un couvent. Celui-ci deviendra plus tard le centre de rayonnement de la présence des Capucins dans la région où, ensuite, ils construisirent cinq autres couvents. Celui d’Oradea existera jusqu’à la suppression communiste en 1948 et la mort du dernier frère capucin, demeuré en place comme prêtre diocésain, en 1974.

Une autre présence des capucins remontant assez loin dans l’histoire est celle de Constanța (Constanza; antique port sur la rive occidentale de la Mer Noire). En 1860 s’établit là un groupe de capucins chassés de la Géorgie par l’armée du Tsar Alexandre II. Une paroisse fondée par les autorités ecclésiastiques sur décision des autorités turques, pour le soin spirituel des ouvriers italiens et allemands venant travailler à la modernisation du port, a été confiée à ces frères. À la suite de la guerre Russo-Turque de 1878, la région de Constanța fut annexée à la Roumanie, et les autorités ecclésiastiques décidèrent d’en confier la charge pastorale aux Passionistes; après 18 ans, les frères capucins se retirèrent donc de là et furent intégrés aux couvents de l’Ordre se trouvant en Bulgarie.

La béatification du frère capucin Jérémie de Valachie (1556-1625) par saint Jean-Paul II le 30 octobre 1983 fut la raison du retour des capucins en Roumanie. L’évêque de Iasi à l’époque, Monseigneur Petru Gherghel, demanda au Ministre général, frère Flavio Roberto Carraro, d’envoyer un groupe de frères qui diffuseraient la spiritualité franciscaine-capucine dans son diocèse, d’où le nouveau Bienheureux, le premier de l’histoire de l’Église catholique en Roumanie, était originaire. Le Ministre général dirigea cette demande vers la Province de Naples où le Bienheureux avait vécu. Cette invitation fut bien accueillie et les deux premiers frères, Ubaldo Oliviero et Vittorio Clemente, arrivèrent en Roumanie durant les premiers jours de septembre 1992 et s’établirent dans la ville de Onesti. Il y avait déjà là un autre frère, Mario Querini, de la Province de Rome. Il y était venu pour de l’apostolat œcuménique ainsi qu’un enthousiaste dévot du Bienheureux Jérémie, Don Eduard Sechel, curé du lieu. Ce dernier avait déjà commencé la construction d’un sanctuaire dédié à notre Bienheureux.

Le 24 septembre 1992 est la date officielle du début de la nouvelle présence des capucins en Roumanie. À peine arrivés, les frères se mirent au travail et, le 30 octobre de la même année ils ouvrirent un lycée (encore ouvert à ce jour). En 1995, à côté du sanctuaire en phase d’érection débuta la construction du protocouvent, inauguré en 2000. C’est le lieu où se trouvent les bureaux de la custodie et du séminaire, maintenant devenu lycée catholique, ouvert à tous les enfants de la région, catholiques et d’autres confessions religieuses, spécialement orthodoxes.

Avec les années, la présence des capucins s’est développée avec la fondation de nouveaux couvents : Borzesti, le postulat (maintenant fermé), Nehoiu, le noviciat (redonné au diocèse de Bucarest, car aussi paroisse), et Roma, la maison d’études.

Quand les structures requises pour la formation pour les jeunes aspirants furent construites, le Ministre général de l’époque, frère John Corriveau, érigea officiellement la custodie de la Roumanie le 8 mai 2005 et nomma premier Custode le frère Ubaldo Oliviero. Celui-ci fit sien le désir des catholiques de la Roumanie d’avoir chez eux les reliques du Bienheureux Jérémie. Partie de Naples le 8 mai 2008, la dépouille mortelle tant désirée, après un pèlerinage triomphal sur le territoire de la Roumanie, arriva à Onesti le 31 mai et fut déposée dans la crypte du sanctuaire. À cet évènement participèrent nombre d’évêques, de prêtres, de frères, de personnes consacrées et une grande foule de fidèles.

Durant le 1er Chapitre électif de cette même année 2008 fut élu le premier Custode roumain en la personne de frère Leon Budau (réélu en 2011). Après cela d’autres couvents furent ouverts : Sighetu Marmatiei et Tg. Lapus (dans la partie septentrionale du pays, de rite byzantin) et Slobozia (dans le diocèse de Bucarest).

Actuellement (fin 2018), les frères de la Custodie vivent et exercent leur ministère dans cinq couvents :   

Onesti. Fraternité composée de 11 frères affectés aux services de la curie de la custodie, à la pastorale du sanctuaire, comme enseignants au lycée et à l’école d’été, dans les services aux démunis (soupe populaire et douches communautaires), l’activité œcuménique ainsi que l’assistance spirituelle de l’OFS.

Roman. Cette fraternité compte 13 frères, dont 10 sont étudiants. En plus de leur principale activité, les frères aident à la paroisse et partout où leur présence est demandée ainsi que dans les groupes de soutien pour les enfants placés en institutions (les anciens orphelinats), camps-écoles d’été, assistance à l’OFS, etc. De plus, une partie du couvent a récemment été restructurée afin d’accueillir ces jeunes qui, maintenant majeurs, ne sont plus sous la tutelle de l’état et sont à la recherche d’un travail, d’une bonne vie future et voulant fonder une famille.   Cette année, le 24 juin, cinq de nos frères diacres seront ordonnés prêtres par l’évêque du diocèse, Monseigneur Petru Gherghel.

Slobozia. Une fraternité comprenant 3 frères dont le ministère principal est la pastorale paroissiale en faveur de la petite communauté catholique de cette ville. Ils ont aussi la charge d’une autre communauté située à 60 km de là.

Sighetu Marmatiei. Cette fraternité compte aussi 3 frères. Leur activité principale est l’accueil et le soutien des jeunes affiliés qui viennent à leur oratoire afin d’étudier, jouer, prier, être avec eux et aider ceux de leur âge qui sont moins chanceux, entre autres ceux provenant des anciens orphelinats de la ville. Au fil des années, un bon groupe de volontaires s’est formé autour des frères afin de les aider dans cet apostolat. En outre, les frères offrent leurs services à la paroisse byzantine locale et, là où on le leur demande, ils assurent l’assistance spirituelle aux sœurs, gèrent le service de douches communautaires de la ville et aide pour l’assistance à l’OFS.  

La ville de Sighet est un des symboles de la persécution dont fut victime l’Église catholique des deux rites : dans ses prisons fut incarcérée l’élite de la Roumanie, ecclésiastiques et personnalités politiques et sociales. Là sont morts, entre 1950 et 1955, quatre évêques emprisonnés en raison de leur foi; un, le bienheureux Anton Durcovici, fut évêque de Iasi; les trois, les évêques gréco-catholiques Valeriu Traian Frentiu, Ioan Suciu et Tit Liviu Chinezu, seront béatifiés, avec quatre autres, le 2 juin prochain par le Saint-Père François à la fin de sa visite en Roumanie.

Tg. Lapus (Târgu Lăpuș). Deux frères sont présents ici. Leur principale activité est l’assistance à la paroisse locale de rite byzantin et le témoignage de vie, l’accompagnement spirituel des fidèles venant en pénitent au « monastère » (dans la spiritualité orientale les monastères occupent une place de choix dans la dévotion des fidèles, donc notre « monastère » est lui aussi hors de la ville, un peu comme les premiers couvents « de la belle et sainte réforme » capucine).

En plus des frères qui vivent et sont en ministère en Roumanie, d’autres frères de la Custodie font de l’apostolat dans différentes circonscriptions de l’Ordre : dans les maisons dépendant du Général (5 frères : Institut historique, Notre-Dame-de-la-Consolation, Frascati, Lorette), dans la Province de Naples (province mère; 5 frères, et 5 autres qui ont choisi, au moment de l’érection de la Custodie, de s’y incardiner), 2 dans la Province d’Emilie-Romagna, 1 dans la Délégation de la Grèce et un autre dans celle de Turquie. Ces derniers mois (mars-mai 2019), un frère a vécu une expérience missionnaire dans la Custodie du Mozambique.

La visite du Pape François en Roumanie (31 mai-2 juin) et les capucins roumains

Notre charisme particulier (en plus de celui de tous les fils de saint François) est l’œcuménisme. Il se fonde sur l’histoire de la redécouverte de la figure, du message ainsi que, enfin, de la dépouille du Bienheureux Jérémie de Valachie.  

À l’aube du siècle dernier, c’est-à-dire entre 1905 et 1915, l’existence d’un frère capucin roumain vient à être connue et propagée dans le milieu académique par deux professeurs orthodoxes, George Sion et Nicolae Iorga. De plus, un prêtre gréco-catholique, Ioan Balan (futur évêque et martyr; il sera béatifié le 2 juin prochain par le Saint-Père François) a écrit sa biographie, très connue et appréciée durant la période de l’entre-deux-guerres, Un sfant pribeag roman (Un saint pèlerin roumain). Pour ce qui est de l’évêque gréco-catholique d’Oradea, Valeriu Traian Frentiu (martyr qui sera aussi béatifié le 2 juin prochain avec six autres évêques) il a pour sa part approuvé le culte public du Serviteur de Dieu, Jérémie, dans son éparchie en 1926. Toujours dans l’entre-deux-guerres et aussi peu après la fin de la dernière guerre, l’ensemble des évêques gréco-catholiques a demandé au Saint-Siège et au Ministre général des capucins de l’époque, le frère Clément de Milwaukee, le rapatriement des vénérables reliques, « pour avoir aussi un saint Roumain ». C’est ainsi qu’ils motivaient leur requête, mais plus personne ne savait où était le lieu de la sépulture du Bienheureux. Finalement, en 1947, un autre érudit orthodoxe, Grigore Manoilescu, découvrit le tombeau du frère Jérémie, mais le contexte historique empêchait le retour des reliques.

Comme il est facile de voir notre ouverture œcuménique à une double dimension : fils de saint François et héritiers du bienheureux Jérémie ainsi que la béatification des sept évêques martyrs nous oblige à ne pas oublier ou même taire notre charisme oécuménique, même si les obstacles semblent augmenter depuis un certain temps.  

L’invitation du Pape à « cheminer ensemble » (le logo de la visite) se veut très actuelle pour nous, frères capucins roumains.  

Fr. Petre-Marian Ianos, OFMCap

Dernière modification le mercredi, 05 juin 2019 20:40