Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 10:35 AM CEST, Sep 28, 2020

Chrétiens et Musulmans attendent le Pape

1er février 2019

Émirats Arabes Unis, Mgr. Hinder : « chrétiens et musulmans attendent le pape ».

Les attentes de la communauté catholique et de la communauté islamique et les perspectives ouvertes par la rencontre inter-religieuse internationale, à laquelle François participera, dans l’interview avec le vicaire apostolique de l’Arabie du Sud.

CRISTINA UGUCCIONI

ABOU DHABI

En accueillant la double invitation - de l’Église catholique locale et du cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou Dhabi - le pape François se rendra du 3 au 5 février à Abou Dhabi, dans les Émirats Arabes Unis, pour assister à une réunion inter-religieuse internationale, dédiée à la « fraternité universelle » promue par le Muslims Council of Elders, organisation internationale présidée par le grand imam de l’université d’Al-Azhar au Caire.

Pour accueillir le pape, il y aura l’évêque suisse Paul Hinder : 76 ans, appartenant à l’Ordre des frères mineurs capucins, il est depuis 2011 vicaire apostolique de l’Arabie du Sud comprenant le Yémen, l’Oman et les Émirats Arabes Unis. Ce dernier pays est une fédération composée de sept émirats peuplés de 9.500.000 habitants. Les catholiques, environ un million, sont tous des étrangers. Principalement engagés dans certains secteurs (construction, école, services et travaux domestiques), ils proviennent de plus de cent pays : en majorité des Philippines, de l’Inde et d’autres pays asiatiques. Il y a également un nombre important de fidèles arabophones, dont la plupart sont originaires du Liban, de la Syrie et de la Jordanie.

Dans cet entretien avec Vatican Insider, Mgr. Hinder, qui réside à Abou Dhabi, raconte les attentes de cette Église du Golfe qu’il appelle « d’immigrés et pour des immigrés ».

Così cristiani e musulmani aspettano il Papa

Avec quels sentiments la communauté catholique des Émirats attend-elle la visite du pape François ?

« Les catholiques de la région sont enthousiastes : je vois en eux la joie de pouvoir être avec le Saint-Père, pour être confirmés dans la foi et de recevoir sa bénédiction. Mais aussi, puisqu’ils vivent dans un contexte musulman et loin de leur patrie, ils attendent des mots d’encouragement et désirent que leur existence soit reconnue. Il n’est pas rare que nos fidèles aient l’impression que le reste du monde ne sait même pas qu’il existe des communautés catholiques dans les Émirats. Je tiens à souligner que ces communautés sont très vivantes : le fait d’être une église d’immigrés nous confère un caractère spécial et peut-être prophétique. On peut être témoins de la manière de vivre la foi avec courage, dans une société non-chrétienne : ils ne cachent pas en fait leur appartenance religieuse ni craignent de montrer ce qu’ils sont et ce qu’ils croient. Ils sont respectueux de la foi islamique, mais ils n’ont pas peur. Leur courage est doux. Je pense que ce sera une belle expérience pour le pape de connaître de près cette Église. Pour moi, cette visite est un encouragement pour aller de l’avant avec confiance et c’est une reconnaissance de la vitalité de nos communautés. J’espère que la présence du pape permettra au monde et aux fidèles des autres pays de découvrir notre existence. J’espère aussi qu’elle aidera à attirer l’attention de tous sur le conflit dramatique qui est en train d’anéantir le peuple yéménite : il a besoin de nos prières et de notre soutien concret ».

Quels sont, par contre, les sentiments du peuple musulman ?

« Les musulmans attendent le pontife et regardent cette visite avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Cela fait déjà plusieurs années que je constate que le pape François est aimé et considéré en quelque sorte comme un ami. De nombreux musulmans aimeraient également assister à la messe présidée par le pape pour comprendre ce que c’est. La participation ne sera pas limitée aux seuls chrétiens, mais ils auront certainement la priorité, car les musulmans peuvent rencontrer le pape à d’autres moments et parce que la célébration de l’Eucharistie n’est pas un spectacle. Cependant, le grand intérêt manifesté par les musulmans est à apprécier ».

Le dialogue inter-religieux est-il un thème ressenti aux Émirats ?

« Tout d’abord, je tiens à dire que je considère le dialogue entre les religions comme l’un des facteurs décisifs pour le développement du monde. Le dialogue avec l’islam est un chemin obligatoire : je le considère nécessaire, bien que pas toujours facile. Dans mon vicariat, des congrès sont organisés par des institutions musulmanes et des événements impliquant toutes les Églises chrétiennes et dans lesquels le Saint-Siège joue un rôle important par le biais du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux. Les Émirats Arabes Unis manifestent une ouverture sincère au dialogue avec les autres religions. En vue de la visite du pape, il y a quelques jours, j’ai eu une réunion avec le prince héritier d’Abou Dhabi, cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan : une réunion que j’appellerais excellente.  Le climat était très serein. Je pense qu’en organisant la réunion internationale inter-religieuse consacrée à la fraternité universelle, le gouvernement entend également montrer au monde sa propre ouverture et sa propre tolérance ».

Aux Émirats Arabes Unis, l’année 2019 a été proclamée « Année de la tolérance ».

« C’est un signe encourageant. Je dirais que cette tolérance existe dans les Émirats non seulement envers la communauté catholique, mais aussi envers les fidèles des autres religions. Bien sûr, il s’agit d’une société musulmane, l’islam est une religion d’État. Nous avons des limites : le culte doit avoir lieu uniquement dans les lieux qui nous sont attribués. De même, les assemblées religieuses ne sont autorisées que dans les bâtiments mis à notre disposition à cet effet. Dans ces limites, nous sommes libres de faire notre travail pastoral. Nous sommes tolérés, mais sommes aussi également aidés : par exemple, les neuf églises présentes dans les Émirats ont été construites par nous sur des terrains qui ont été donné par l’État ou loué à un montant symbolique. Nous avons été beaucoup aidé à organiser la visite du pape : toute la partie logistique est entre les mains du gouvernement, qui a voulu prendre en charge même l’organisation de la messe (y compris la construction de l’autel) ».

Pensez-vous que le thème choisi pour la rencontre inter-religieuse internationale à laquelle participera le pape François, la fraternité universelle, puisse être fructueux pour le dialogue entre chrétiens et musulmans ?  

« Je pense que oui. Au cours de ces années, j’ai remarqué que les autorités musulmanes m’appellent souvent « brother, frère » : cela signifie qu’en moi, comme chez d’autres catholiques, elles ne voient pas seulement les différences qui nous divisent, mais aussi une dimension qui nous unit. Au moins dans cette partie de la société, nous sommes acceptés et considérés comme des frères. Je pense que ce thème constitue une bonne voie à suivre même si nous, chrétiens, avons un concept de fraternité différent de celui du coran et du monde islamique ».

Quels fruits pourrait apporter la visite du pape et sa participation à la rencontre inter-religieuse ?

« Difficile de répondre : je peux certes dire que la visite du pape constitue un pas important dans le dialogue entre chrétiens et musulmans et contribue de manière significative à la compréhension mutuelle. Un premier résultat immédiat est l’atmosphère sereine que nous respirons aux Émirats en ces jours d’attente. Récemment, des autorités musulmanes m’ont présenté des initiatives et des propositions de collaboration (dans le domaine de l’éducation, par exemple) afin que la visite du pape ne reste pas un incident isolé, mais qu’elle ait des conséquences concrètes sur la vie quotidienne de la population. Je considère cela comme un signe très encourageant, et pas seulement pour les Émirats Arabes Unis ».

Source – www.lastampa.it

Dernière modification le lundi, 04 février 2019 18:29