Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 10:38 AM CET, Dec 5, 2019

Homélie pour la communauté de la Curie

Homélie pour la communauté de la Curie
Au lendemain du Chapitre général
Fête de saint Joseph de Copertino
Rome, 18 septembre 2018

frère Raniero Cantalamessa OFMCap

Le passage d’Évangile que nous venons d’écouter revient souvent lors de la fête d’un saint franciscain, dont entre autres la fête de notre Père saint François. Son choix est dû sans doute à l’affirmation qu’il contient : « ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». « Ce que tu as caché » signifie les mystères du Royaume; une façon détournée pour dire : « Tu leur as révélé ma personne, mon mystère ».

Jésus parle de ce qui est arrivé à son égard. Ceux qui l’ont accueilli ne sont pas les docteurs de la Loi, les scribes, les sages du temps, mais des pécheurs et après eux les pauvres, les humbles, les femmes que tous regardaient comme incapables d’être instruits. Cet état de fait s’est répété à quelques reprises dans l’histoire de l’Église, et les saints franciscains en sont témoins. Joseph de Copertino en est un exemple. Il n’était pas, et c’est connu, très bon à l’école et c’est pour cela que les étudiants de nos jours l’invoquent avant un examen. Ainsi sont souvent nos saints frères laïcs qui remplissent la plus grande partie des deux panneaux qui nous avons ici devant nous, de chaque côté de l’autel. Bien entendu, il y a aussi eu de sages et doctes saints dans l’ordre franciscain; ils le sont devenus après s’être faits fous par amour du Christ.

*  *  *

Je devrais m’arrêter ici, mais je sens le désir d’ajouter un petit mot lié, non pas à la fête de ce jour, mais lié au moment que nous vivons ces jours-ci dans l’Ordre avec le début d’un nouveau gouvernement. À chaque élection ou nomination à un office dans l’Église, il y a deux moments : l’élection et la consécration. Cela est clairement visible dans la nomination d’un évêque. Il est premièrement élu, nommé et finalement consacré. Avec l’élection, il reçoit une charge, mais ce n’est que l’onction qui lui donne la grâce de remplir son ministère.

Ces deux moments sont déjà présents dans l’Ancien Testament lors de l’onction des rois, des prophètes et des prêtres : « J’ai trouvé David mon serviteur, je l’ai sacré avec mon huile sainte » (Ps 88, 21). Jésus lui-même relie la puissance et l’autorité par lesquelles il agit à l’onction messianique reçue lors de son baptême dans le Jourdain quand il dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction… »

La nomination comme Ministre général ou à une autre charge dans un ordre religieux n’est pas un sacrement, car il n’y a pas de rite de consécration ou d’imposition des mains de prévus. Mais le devoir auquel de tels frères sont appelés coïncide avec une des charges de l’évêque, soit celle de gouverner. Survient aussi pour eux, lors de l’élection une nouvelle onction. Ce n’est pas une onction rituelle, mais plutôt une « spiritalis unctio », une onction spirituelle, intérieure.

L’élection confère à l’élu l’autorité de gouverner, mais seulement l’onction donne l’autorité  charismatique, c’est-à-dire le type d’autorité qui ne peut être conféré par les humains, mais seulement par Dieu. Saint Thomas d’Aquin affirme que c’est une nouvelle mission confiée par l’Esprit Saint chaque fois que quelqu’un est appelé à un nouveau devoir ou une nouvelle responsabilité dans l’Église (Somme théologique I, q. 43, a. 6, ad 2); c’est ce que nous appelons la « grâce d’état ».

L’onction de l’Esprit ne sert par seulement pour le début d’un ministère, mais accompagne la personne tout au long de celui-ci. Elle est effective chaque fois que nous en avons besoin et que nous la demandons avec foi : devant une décision à prendre, une nomination à faire,  un document à écrire… Pour ma part, j’en fais l’expérience, parfois presque tangible, dans ma prédication.

Que faire alors? Simplement demander avec foi et accueillir cette nouvelle onction. Le Pape François a fait cette expérience au moment de son élection comme pape. C’est lui-même qui l’a confié à plusieurs personnes. Du moment qu’il s’est aperçu que c’était lui qui était désormais élu, il a senti une paix profonde l’envahir en même temps que la peur cédait la place à la confiance et au courage. C’était clairement l’onction de l’Esprit. Le souvenir de ce moment, j’en suis certain, l’aide à supporter jour après jour le poids écrasant de sa charge.

La meilleure chose que nous puissions faire, nous frères de la Curie générale et de l’Ordre, est de prier Dieu de toutes nos forces, dès maintenant dans cette eucharistie que nous célébrons, afin que quelque chose de semblable soit donné à nos nouveaux supérieurs et en particulier au nouveau Ministre général.

Dernière modification le vendredi, 12 octobre 2018 18:08