Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum 2

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updated 9:24 PM UTC, Feb 2, 2023

Une journée franciscaine historique

Pour le souvenir des 500 ans de la Bulle « Ite vos »

Rome. Le 23 novembre dernier fut une journée inoubliable. Un chaud soleil, plus printanier qu’automnal, l’éclairait depuis l’aube. Quatre cents frères franciscains des différentes dénominations (mineurs, conventuels, capucins, tiers ordre régulier, frères de la pénitence) se sont donné rendez-vous afin de rencontrer le Pape François. Dans un premier temps, les frères se sont rencontrés à l’église Saint-Grégoire VII, près du Vatican, pour s’accueillir et se saluer réciproquement et joyeusement. De là, plus tard, ils se sont mis en chemin avec les Ministres généraux, vers la porte du Perugino, et après un contrôle minutieux et attentif, ils ont pu rejoindre la Salle Clémentine où le Pape François est venu les rencontrer.

Dans sa salutation au Saint-Père, le frère Mauro Jöhri, en sa qualité de président de la CMG OFM et TOR, a expliqué les raisons de cette rencontre : « Nous sommes venus ici afin de raconter le chemin que nous avons parcouru et nous désirions accomplir depuis notre rencontre du 4 octobre 2013 à la tombe de saint François, à Assise… au terme des présentations, vous nous avez demandé sur un ton délicat et, peut-être volontairement étonné : " Mais lors, il existe aussi un œcuménisme franciscain? " Puis, avez-vous ajouté : " Restez unis! " Saint-Père, nous avons accueilli cette invitation avec joie, et nous venons aujourd’hui vous rapporter brièvement ce que nous avons fait ».

Frère Mauro a alors fait état de ce qui s’est accompli depuis ce temps : « Je commence en rappelant le 5e centenaire de la bulle papale "Ite Vos", promulguée par le Pape Léon X, le 29 mai 1517. Son intention était alors d’unir toutes les différentes agrégations franciscaines du temps sous la juridiction d’un seul Ministre général. Cette bulle n’eut pas l’effet escompté, et se produisit la séparation entre les Frères Mineurs et les Frères Mineurs Conventuels. Puis 11 ans après, en 1528, le Pape Clément VII confirma la réforme des Frères Mineurs Capucins. En plus de la reconnaissance pour les grandes choses que l’Esprit du Seigneur a faites pour les différents éléments de la famille franciscaine, nous devons reconnaître que nous avons aussi vécu des moments de tension et de discorde. L’avènement du huitième centenaire du "Pardon d’Assise" a été la belle occasion pour nous demander pardon. Ainsi, le 11 juillet 2016, en la basilique Sainte-Marie-des-Anges nous avons vécu une célébration de réconciliation et de paix. Du 29 mai au 2 juin de la présente année, les frères franciscains de l’Ombrie, avec leurs ministres et vicaires respectifs, se sont retrouvés à Foligno pour un chapitre qu’ils ont voulu qualifier de "Chapitre généralissime". La reconnaissance, le désir de communion et l’espérance ont caractérisé l’évènement ».

Un fruit de ce chemin parcouru ensemble est la création de l’université franciscaine, actuellement mise sur pied, et l’ouverture dans peu de temps à Rieti d’une fraternité composée de Frères Mineurs, de Frères Mineurs Conventuels et de Frères Mineurs Capucins. Le frère Mauro a rappelé aussi quelques autres initiatives communes dont les trimestres de formation pour les missionnaires à Bruxelles et, dès cette année, les cours de mise à niveau pour les formateurs des trois Ordres masculins en Afrique.

À cette salutation que le frère Mauro a faite au nom de tous les frères présents, le Saint-Père a répondu avec un discours articulé autour du thème de la « minorité », lieu de rencontre avec Dieu, avec les frères et avec la création.

En voici quelques extraits :

La minorité est lieu de rencontre avec Dieu : «La minorité est ce qui caractérise de façon particulière votre relation à Dieu. Pour saint François l’homme n’a rien à soi sinon son péché, et n’a comme valeur que ce qu’il vaut devant Dieu, et rien de plus. C’est pour cette raison que votre relation avec Lui doit être celle d’un enfant : humble et confiante. Et tout comme celle du publicain de l’Évangile, consciente de son péché. Et attention à l’orgueil spirituel, à l’orgueil pharisaïque : c’est la pire des mondanités. »

La minorité est lieu de rencontre avec les frères et avec tous les hommes et les femmes : « La minorité se vit avant tout dans la relation avec les frères que le Seigneur nous a donnés. Comment? En évitant tout comportement de supériorité. Cela veut dire arracher les jugements faciles sur les autres et ne pas parler en mal des frères derrière leurs dos — cela est dans les admonitions! –; rejeter les tentations d’utiliser l’autorité pour soumettre les autres; ne pas "faire payer" les faveurs que nous accordons aux autres alors que celles que les autres nous font sont considérées comme un dû; et finalement éloigner de nous la colère et le trouble pour le péché du frèrehttp://w2.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2017/november/documents/papa-francesco_20171123_famiglie-francescane.html - _ftn9. »

La minorité est lieu de rencontre avec la création : « Pour le Saint d’Assise, la création était "comme un splendide livre où Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté". La création est "comme une sœur, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts". Aujourd’hui — nous le savons — cette sœur et mère se rebelle car elle se sent maltraitée. Devant la détérioration de l’environnement, je vous demande, comme fils du Poverello, d’entrer en dialogue avec toute la création, lui prêtant votre voix pour louer le Créateur et, comme faisait saint François, que vous ayez pour elle un soin particulier, surpassant tout calcul économique ou romantisme irrationnel. Collaborez avec différentes initiatives pour le soin de la maison commune, rappelant toujours l’intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète, entre l’économie, progrès, soin de la création et option préférentielle pour les pauvres. »

À la fin de son discours, le Saint-Père a salué très aimablement tous les frères présents, les accueillant et embrassant un par un et leur donnant sa bénédiction apostolique.

Émus et heureux, les franciscains ont rejoint leur lieu de départ et là, dans une salle de la paroisse Saint-Grégoire VII, ils ont partagé très simplement et sans cérémonie le repas du midi. En début d’après-midi, les frères se sont salués et chacun a regagné son couvent. Ce fut une journée splendide qui restera longtemps dans le souvenir de chacun et dans les annales de la famille franciscaine.

Lire le texte complet sur le site

Les textes :

 

DISCOURS DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS AUX MEMBRES DE LA FAMILLE FRANCISCAINE DU PREMIER ORDRE ET DU TIERS ORDRE RÉGULIER

Salle Clémentine
Jeudi 23 novembre 2017

Chers frères,

Le « Seigneur Pape », comme l’appelait saint François, vous accueille avec joie et, par votre intermédiaire, accueille les frères franciscains qui vivent et travaillent de par le monde. Merci pour ce que vous êtes et pour ce que vous faites, spécialement en faveur des plus pauvres et défavorisés.

« Que tous soient d’une manière générale appelés frères mineurs », peut-on lire dans la Règle non bullée (6,3). Par cette expression, saint François ne parle pas de quelque chose de facultatif pour ses frères, mais manifeste un élément constitutif de votre vie et de votre mission.

En effet, dans votre forme de vie, l’adjectif « mineur » qualifie le nom « frère », donnant ainsi au lien de la fraternité une qualité propre et caractéristique : ce n’est pas la même chose dire « frère » et « frère mineur ». Pour cela, parlant de fraternité, il faut tenir présente à l’esprit cette caractéristique typique franciscaine de la relation fraternelle qui exige de vous une relation de « frère mineur ».

D’où vient à François cette inspiration d’identifier la minorité comme élément essentiel de votre fraternité? (cf. 1 Cel, 38)

Le Christ et l’Évangile étant l’option fondamentale de sa vie, nous pouvons certainement dire que la minorité, sans manquer de motivations ascétiques et sociales, naît de la contemplation de l’incarnation du Fils de Dieu et l’intègre dans l’image de se faire petit, comme une semence. Cela est dans la logique du « se faire pauvre, de riche qu’il était » (cf. 2 Cor 8,9). La logique du « dépouillement » que François mit en acte quand il « se dépouilla, jusqu’à la nudité, de tous ses biens terrestres pour se donner entièrement à Dieu et à ses frères » (Lettre à l’Évêque d’Assise, 16 avril 2017).

La vie de François fut d’abord marquée par la rencontre avec Dieu pauvre, présent parmi nous en Jésus de Nazareth : une présence humble et cachée que le Poverello adore et contemple dans l’Incarnation, dans la Croix et dans l’Eucharistie. Par ailleurs, nous savons qu’une des images évangéliques qui impressionna le plus François est celle du lavement des pieds des disciples lors de la Dernière Cène (Rnb 6,4; Adm 4,2).

La minorité franciscaine se présente pour vous comme le lieu de rencontre et de communion avec Dieu; comme lieu de rencontre et de communion avec les frères et avec tous les hommes et toutes les femmes. Enfin, comme lieu de rencontre et de communion avec la Création.
 
La minorité est lieu de rencontre avec Dieu

La minorité est ce qui caractérise de façon spéciale votre relation à Dieu. Pour saint François l’homme n’a rien à soi sinon son péché, et n’a comme valeur que ce qu’il vaut devant Dieu, et rien de plus. C’est pour cette raison que votre relation avec Lui doit être celle d’un enfant : humble et confiante et, tout comme celle du publicain de l’Évangile, consciente de son péché. Et attention à l’orgueil spirituel, à l’orgueil pharisaïque : c’est la pire des mondanités.

Une caractéristique de votre spiritualité est celle d’être une spiritualité de restitution à Dieu. Tout le bien qui est en nous ou que nous pouvons faire est un don de Celui qui pour saint François est le Bien, « tout bien, le souverain bien » (cf. Louanges de Dieu 3) et tout doit être rendu au « Très-haut, tout puissant et bon Seigneur » (Cantique des créatures 1). Ce que nous faisons par la louange, quand nous vivons selon la logique évangélique du don qui nous porte à sortir de nous-mêmes pour rencontrer les autres et les accueillir dans notre vie.

La minorité est lieu de rencontre avec les frères et avec tous les hommes et les femmes.

La minorité se vit avant tout dans la relation avec les frères que le Seigneur nous a donnés (Test. 14). Comment? En évitant tout comportement de supériorité. Cela veut dire arracher les jugements faciles sur les autres et ne pas parler en mal des frères derrière leurs dos — c’est dans les admonitions, cela! – (Adm. 25); rejeter les tentations d’utiliser l’autorité pour soumettre les autres; ne pas « faire payer » les faveurs que nous accordons aux autres alors que celles que les autres nous font sont considérées comme un dû; et finalement éloigner de nous la colère et le trouble pour le péché du frère (cf. Rb 7).

La minorité se vit comme une expression de la pauvreté que vous avez professée (Rb 1,1); quand se cultive un esprit de non-appropriation dans les relations; quand est valorisé le positif qui est dans l’autre tel un don venant du Seigneur; quand les ministres, en particulier, exercent le service de l’autorité avec miséricorde comme cela est bellement exprimé dans la Lettre à un Ministre. C’est la meilleure explication que nous donne François de ce que signifie être mineur par rapport aux frères qui lui sont confiés. Sans miséricorde, il n’y a ni fraternité ni minorité.

La nécessité d’exprimer votre fraternité dans le Christ fait que vos relations interpersonnelles entrent dans la dynamique de la charité. Par cette dynamique, alors que la justice vous portera à reconnaître les droits de chacun, la charité transcende ces droits et vous appelle à la communion fraternelle. Car ce ne sont pas les droits que vous aimez, mais les frères que vous devez accueillir avec respect, compréhension et miséricorde. Les frères sont l’important; non pas les structures.   

La minorité se vit aussi en relation avec tous les hommes et femmes que vous rencontrez dans votre aller de par le monde, évitant avec le plus grand soin possible toute attache de supériorité qui peut vous éloigner des autres. Saint François exprime clairement cela dans les deux chapitres de la Regola non bollata où il met en lien le choix de ne rien s’approprier (vivre sine proprio) avec l’accueil bienveillant de chaque personne, jusqu’au fait de partager la vie des plus méprisés, avec sont qui sont considéré vraiment les plus petits, les mineurs, de la société : « Que les frères se gardent, où qu’ils se trouvent […], de ne s’approprier d’aucun lieu ou de les défendre contre quelqu’un. Et que quiconque viendra à eux, ami ou adversaire, voleur ou brigand, soit reçu avec bonté » (Rnb 7, 13-14). Et aussi «Ils doivent se réjouir de se trouver parmi des gens de peu et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades, des lépreux, et des mendiants de grand chemin » (Rnb 9,2).

Les paroles de François nous poussent à nous demander comme fraternité : Où sommes-nous? Avec qui? Avec qui sommes-nous en relation? Qui sont nos préférés? Et puisque la minorité interpelle non seulement la fraternité, mais chacun de ses éléments, il est opportun que chacun fasse l’examen de conscience de son propre style de vie. Cela, au sujet des dépenses, du vêtement, sur ce que nous considérons comme nécessaire; sur notre dévouement pour les autres, sur la trop grande préoccupation de nous-mêmes, y compris de notre propre fraternité.    

Et, pour l’amour, quand vous faites une œuvre en faveur des « plus petits », les exclus et les derniers, ne le faites jamais avec un air de supériorité. Pensez plutôt que tout ce que vous faites pour eux est une façon de rendre ce que vous avez reçu gratuitement. Comme le dit François dans la Lettre à tout l’Ordre : « Ne retenez pour vous rien de vous » (LO 29). Aménagez un espace accueillant et disponible afin qu’entrent dans votre vie tous les mineurs de votre temps : les marginalisés, hommes et femmes vivant sur la rue, dans les parcs ou les gares et stations; les milliers de sans-emploi, jeunes et vieux; tant de malades qui n’ont pas accès à des soins appropriés; tous ces anciens qui sont abandonnés; les femmes violentées; les migrants qui cherchent une vie digne; tous ceux qui vivent dans les périphéries existentielles, privés de dignité et aussi de la lumière de l’Évangile.  

Ouvrez vos cœurs et embrassez les lépreux de notre temps et, après avoir pris conscience de la miséricorde que le Seigneur vous a prodiguée (cf. 1Cel 26), faites-leur de même, comme le fit votre père saint François (cf. Testament); comme lui, apprenez à être « malade avec ceux qui souffrent, affligés avec ceux qui sont tourmentés » (cf. 3 compagnons 59). Tout cela, loin d’être un sentiment vague, montre une relation interpersonnelle tellement profonde que, transformant votre cœur, et vous portera à partager leur sort.  

La minorité est lieu de rencontre avec la création

Pour le Saint d’Assise, la création était « comme un splendide livre où Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté » (Laudato Sì 12) La création est «comme une sœur, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts » (Laudato Sì 1).

Aujourd’hui — nous le savons — cette sœur et mère se rebelle car elle se sent maltraitée. Devant la détérioration de l’environnement, je vous demande, comme fils du Poverello, d’entrer en dialogue avec toute la création. Prêtez-lui votre voix pour louer le Créateur et, comme faisait saint François, que vous ayez pour elle un soin spécial, surpassant tout calcul économique ou romantisme irrationnel. Collaborez avec différentes initiatives pour le soin de notre maison commune, rappelant toujours l’intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète, entre l’économie, progrès, soin de la création et option préférentielle pour les pauvres (Laudato Sì 15-16).

Chers frères, je vous rappelle la demande de saint François : Qu’ils soient mineurs. Que Dieu vous garde et fasse grandir votre minorité.

Sur vous tous, j’invoque la bénédiction du Seigneur. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci!

 

Dernière modification le vendredi, 01 décembre 2017 08:42