Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 9:38 PM UTC, May 5, 2021

fr. Gaetano La Speme OFMCap

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Frère Gaetano La Speme

SIXIEME CHAPITRE DES CONSTITUTIONS

NOTRE VIE EN FRATERNITE

Ce commentaire se propose de présenter une brève anthologie de certains thèmes du chapitre VI des Constitutions. Le lecteur pourra y trouver, avant tout, la réflexion que les derniers ministres généraux nous ont offerte. Ce travail nous donnera la joie de présenter des textes qui ont accompagné la croissance de nombreux frères. En un sens, nous pourrions dire que c’est une manière pour l’Ordre lui-même, dans la haute expression de ses derniers ministres généraux, d’approfondir des thèmes qui appartiennent intimement à notre vie. Dans certains passages, en outre, on a puisé dans la riche sagesse de la Mère Eglise et du Saint-Père.

Introduction

Le lien avec la Deuxième Règle *

Le sixième chapitre des Constitutions est divisé en deux articles : I. L’engagement à la vie fraternelle ; II. La vie des frères dans le monde. Nombreuses sont les références à la Première Règle [Regola non Bollata] (1Reg), à la Deuxième Règle [Regola Bollata] (2Reg) et au Testament ainsi qu’à d’autres écrits du Frère François d’Assise[1]. Il existe divers liens entre ce chapitre des Constitutions et les chapitres III, VI, X et XII de la deuxième Règle[2]. S’il est d’usage de dire en exégèse biblique que la Bible s’interprète par la Bible, on pourrait le dire aussi, avec les distinctions nécessaires, des Constitutions. Chaque chapitre doit être lu avec un regard qui intègre les autres chapitres ; tous ensemble se lisent dans l’esprit de la Règle et de la spiritualité franciscaine[3].

La division du chapitre en deux articles amène à penser la vie fraternelle soit sous son aspect ad intra (entre les frères), soit sous son aspect ad extra (avec tous les hommes). Ces deux dimensions sont vitales. L’une aide l’autre à se déployer avec fécondité.

« La fraternité n’est pas seulement un cadeau que nous nous offrons : c’est notre manière privilégiée d’annoncer le Royaume de Dieu ! Cela exige que nous nous interrogions constamment sur la qualité de notre prière commune, sur notre façon de progresser dans la compréhension mutuelle et d’arriver à lire les signes des temps dans les chapitres locaux, sur la collaboration dans l’apostolat, sur notre manière de vivre la vie fraternelle sans rien en propre, sur notre présence au milieu des pauvres et sur notre engagement envers eux et sur toutes les autres valeurs de notre vie évangélique »[4].

La structure du chapitre VI

Notre vie en fraternité se développe comme suit : le fondement trinitaire et christologique et l’inspiration franciscaine (no 88) ; l’engagement pour la vie fraternelle (article I) s’exprime dans la communion fraternelle (no 89), dans l’entraide (no 90), dans l’accueil mutuel entre ceux qui ont une différence d’âge (no 91), dans l’assistance aux infirmes (no 92), dans la vie fraternelle en commun (no 94), dans l’observance de la clôture et dans l’accueil (no 95). Des indications particulières sont données sur l’utilisation des moyens de communication sociale (no 96), sur les moyens de transport et les voyages (no 97), sur l’accueil des frères et sur les frères qui vivent hors des maisons religieuses (no 99). Le regard s’élargit ensuite pour évoquer la collaboration entre les circonscriptions (no 100), la famille franciscaine (no 101), les relations avec l’Ordre Franciscain Séculier (no 102), avec les parents, les bienfaiteurs et les collaborateurs (no 103), pour arriver à l’accueil de tous ceux qui viennent dans nos maisons (no 104). L’accueil de l’étranger amène le frère à expérimenter lui-même la condition d’étranger. Les frères, comme saint François, se sentent liés par un lien fraternel avec toutes les créatures (no 105), ils vivent et travaillent parmi les hommes comme levain évangélique (no 106), comme artisans de paix (no 107), et comme témoins d’espérance (no 108).

Cette structure nous amène à dire que : « la fin ultime de notre choix de vie est la consécration, le don de nous-mêmes. Chacun de nos gestes, chacune de nos actions prend son sens à partir de cette consécration. À cela s’ajoute une manière de réaliser cette consécration propre à notre charisme et irremplaçable. On parle ici de l’identité fraternelle et minoritique, ce précieux héritage de S. François. [...] Quiconque choisit notre vie choisit en premier lieu de devenir frère mineur. C’est le choix de base, en amont de toute spécialisation ultérieure. Il n’y a pas de catégories de frères dans l’Ordre fondé par saint François : il n’y a que des frères et chacun y est frère. Il s’ensuit que la vie fraternelle et la capacité d’entrer en relation avec tous indistinctement doit avoir la priorité dans notre cheminement quotidien. [...] Nous sommes un Ordre de frères par la « révélation » que le Seigneur a faite au frère François en lui donnant des frères et en lui montrant qu’il devait vivre selon la forme du saint Évangile »[5].

L’origine de la fraternité

L’introduction aux deux articles qui composent le sixième chapitre fonde théologiquement[6] l’origine de la vie fraternelle : « au cours de sa vie terrestre, le Seigneur Jésus a appelé ceux qu’Il voulait, pour les garder près de Lui et les préparer à vivre, à son exemple, pour le Père et pour la mission qu’Il avait reçue (cf.Mc3,13-15). Il donnait ainsi naissance à la nouvelle famille qui devait réunir au long des siècles ceux qui seraient prêts à « faire la volonté de Dieu » (cf. Mc 3,32-35). Après l’Ascension, grâce au don de l’Esprit, il se constitua autour des Apôtres une communauté fraternelle rassemblée dans la louange de Dieu et dans une expérience concrète de communion (cf. Ac 2,42-47 ; 4, 32-35). La vie de cette communauté et, plus encore, l’expérience des Douze qui avaient tout partagé avec le Christ, ont été constamment le modèle dont l’Église s’est inspirée quand elle a voulu revivre la ferveur des origines et poursuivre son chemin dans l’histoire avec une vigueur évangélique renouvelée. En réalité, l’Église est essentiellement mystère de communion, « peuple uni de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ». La vie fraternelle tend à refléter la profondeur et la richesse de ce mystère, en se construisant comme un espace humain habité par la Trinité, qui prolonge ainsi dans l’histoire les dons de communion propres aux trois Personnes divines. Dans la vie ecclésiale, nombreux sont les cadres et les modalités d’expression de la communion fraternelle. La vie consacrée a certainement le mérite d’avoir contribué efficacement à maintenir dans l’Église l’exigence de la fraternité comme confession de la Trinité. En favorisant constamment l’amour fraternel, notamment sous la forme de la vie commune, elle a montré que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité. De cette manière, elle fait voir aux hommes la beauté de la communion fraternelle et les voies qui y conduisent concrètement. En effet, les personnes consacrées vivent « pour » Dieu et « de » Dieu, et c’est pourquoi elles peuvent confesser la puissance de l’action réconciliatrice de la grâce, qui anéantit les forces de division présentes dans le cœur de l’homme et dans les rapports sociaux »[7].

Notre forme de vie tient donc son modèle de la Trinité. « Les écrits de S. François font constamment référence au mystère de la Sainte Trinité. La première Règle commence par ces mots : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (1Reg, Prologue, 1) et finit par : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit » (1Reg, 24, 5). En présentant sa Lettre à tous les Fidèles, S. François dit : « Je me suis proposé…de vous transmettre les paroles de notre Seigneur Jésus Christ, qui est la Parole du Père, et les paroles du Saint-Esprit, qui sont Esprit et vie » (2LFid, 3). Ses écrits abondent en louange à la Sainte Trinité [[8]]. […] C’est la même clarté spirituelle qui a conduit François à fonder son Ordre en tant que fraternité. […] François a choisi la fraternité, une vie de relation entre frères et sœurs parce que notre Dieu trinitaire est relationnel par nature. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme Il les créa » (Gn 1,27). Nous n’avons pas été créés à l’image d’un Dieu solitaire, isolé et autonome mais d’un Dieu personnel, relationnel et trinitaire, qui est Père, Fils et Saint-Esprit. Nous reflétons donc l’image de Dieu dans la mesure où nous vivons en relation. La fraternité fut l’expérience fondatrice de sa conversion : « Après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire... » (Test. 14). La fraternité est devenue sa mission : « François a embrassé le plan de Dieu pour ses créatures comme famille de frères et sœurs : frère soleil, sœur lune, etc. (cf. CSol). Il ne fait jamais référence à lui-même simplement comme « François » mais toujours comme « Frère François ». « Frère » révèle la relation qu’il a avec chaque créature vers laquelle Dieu l’a appelé. « Frère » révèle aussi sa mission de guérison des relations à travers une humble soumission » (CPO VII, 1c). De fait, François emploie le titre de « frère » plus souvent (306 fois) qu’aucun autre, à l’exception de celui de « Seigneur » (410 fois). La fraternité fut son don à l’Église, sa réponse à l’invitation du crucifié : « Va et répare mon église... » Le Concile Vatican II nous en fournit l’explication en affirmant que la Très Sainte Trinité est la « fraternité » qui crée l’Église : « L’Église tout entière apparaît comme le peuple uni de l’unité du Père et Fils et de l’Esprit-Saint » (LG 4). François a purifié l’Église en invitant toutes les personnes à vivre en frères et sœurs. C’est aussi notre mission aujourd’hui »[9].

Bien que la mission persiste dans le temps, la compréhension théologique change[10]. « La théologie de Vatican II et les enseignements du pape Paul VI ont conduit à un renouvellement de l’ecclésiologie. L’Église se décrit maintenant comme un mystère de communion : « l’Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint » (Lumen Gentium, 4). Les écrits de Jean-Paul II, spécialement Novo Millennio Ineunte, ainsi que les récents documents synodaux ont amplifié et approfondi ce changement de perspective. L’impact de cette nouvelle ecclésiologie sur la vie religieuse est considérable. En 1994, la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique a publié un document intitulé La vie fraternelle en communauté (Congregavit nos in unum Christi amor) dans lequel on trouve le passage suivant : « c’est l’évolution de l’ecclésiologie qui, plus que tout autre facteur, a marqué l’évolution dans la façon de comprendre la communauté religieuse. Vatican II a affirmé que la vie religieuse appartient « inséparablement » à la vie et à la sainteté de l’Église, et l’a placée au cœur de son mystère de communion et de sainteté » (no 2). Et l’exhortation apostolique La vie consacrée (Vita Consecrata) ajoutait en 1996 : « la vie fraternelle tend à refléter la profondeur et la richesse de ce mystère [Église-communion], en se construisant comme un espace humain habité par la Trinité, qui prolonge ainsi dans l’histoire les dons de communion propres aux trois Personnes divines » (no 41). La réflexion sur nos racines franciscaines et capucines à partir de cette nouvelle perspective a renouvelé la figure de la mission de notre Ordre dans le monde. C’est en effet dans la vie évangélique que se situe la réalisation franciscaine de la théologie de la communion »[11].

Il est également opportun de rappeler qu’avec le Concile Vatican II, on assiste au « passage d’une connotation fortement pénitentielle de notre forme de vie à la priorité de la vie fraternelle. La valeur de la vie fraternelle est désormais un fait acquis. La formation que les frères de l’Ordre ont reçue sur cet aspect de notre charisme a été, et continue d’être significatif et solide. En même temps, nous sommes conscients que la tentation et la fuite vers l’individualisme se répandent à un rythme alarmant. Si autrefois, nous étions moins impliqués par ce qui se passait hors du couvent, aujourd’hui les nouveaux moyens de communication nous proposent de façon insistante, convaincante et raffinée une série de messages et de styles de vie qui favorisent une mentalité purement individualiste. En cela s’orienter et discerner devient difficile. Face à cette situation, nous trouvons dans la fraternité un point de référence valable. Nous devons cela au renouvellement de nos Constitutions, commencé en 1968. La force et la beauté de la vie fraternelle y ont été mises en évidence comme éléments prioritaires. L’individualité de chaque frère est un don précieux à respecter et à soutenir, mais « le moi » de chacun de « nous » devient encore plus précieux et fécond s’il entre en relation avec le « nous » de la vie fraternelle. Là où la vie fraternelle est vécue et cultivée avec soin, se créent les conditions pour que chaque frère puisse affronter sereinement les situations délicates et difficiles de notre temps. 1968 représente donc un tournant providentiel, il s’agit maintenant d’y demeurer fidèles et de chercher à le rendre actuel dans les changements rapides qui touchent le monde entier. Chaque frère a le droit de profiter du don de la fraternité et de se sentir à son tour appelé à dépenser son énergie pour que ce don puisse développer sa vigoureuse vitalité.

Le tournant auquel je faisais allusion, a ses racines dans une relecture des Sources Franciscaines d’où émergent, de façon hautement significative, la façon par laquelle François d’Assise valorisait le don qu’était chaque frère et en choisissant délibérément de décrire le mouvement – dont il est l’initiateur – comme une « fraternitas »[12]. Au nom de cette originalité de François, nous pouvons affirmer avec conviction que la vie fraternelle vécue intensément et fidèlement est même plus exigeante que le choix de la pauvreté. Je m’explique : si la pauvreté consiste principalement à soustraire le plus grand nombre de choses à la vie et à réduire « mes » et « nos » exigences à l’essentiel, la vie fraternelle exige une dynamique continuelle de donation, qui nous engage à rendre plus authentique la qualité des relations qui accompagnent notre vie quotidienne. Parfois il s’agit de savoir pardonner et de toujours savoir le faire à nouveau, parfois encore, il faut faire marche arrière pour faire place à l’autre afin que ses dons puissent croître et fructifier. La vie fraternelle, qui est un don de l’Esprit Saint, grandit si la qualité de nos relations a la saveur de l’accueil, du pardon, de la miséricorde et de la charité que le Seigneur Jésus nous a présentée comme Béatitude pour notre existence. La pauvreté, que nombre de nos frères ont vécu et vivent encore avec joie, n’est pas reléguée au second plan, mais à la lumière du renouveau qui rend toujours jeunes les charismes, elle prend la forme de la solidarité, du partage des biens avec les derniers de la terre, de la responsabilité vis-à-vis de la sauvegarde de la création. Fraternité signifie aussi disponibilité à dépasser les frontières de la fraternité locale, de la Province ou de la Custodie où nous vivons, pour soutenir des Circonscriptions en difficulté ou à être agrégés en fraternités interculturelles où les besoins en personnel sont plus urgents »[13].

À cette lueur, ce qu’écrit le ministre général fr. Roberto Genuin acquiert un relief tout particulier : « il y a deux sujets, en particulier, sur lesquelles il vaut la peine de toujours réfléchir, car ils sont au cœur de notre identité et peuvent avoir des conséquences importantes sur le développement de notre Ordre : le thème de la fraternité[14] et le thème des frères laïcs »[15].

« Un ordre de frères »

« Et nous-mêmes, professant cette forme de vie, nous constituons vraiment un Ordre de frères » (Const. 88,7)[16].

La dimension fraternelle et minoritique de l’Ordre préserve l’intuition primitive et authentique de S. François d’Assise[17], qui « voulait justement que l’Ordre soit ouvert de la même manière aux pauvres et aux analphabètes, et pas seulement aux riches et aux sages. « Auprès de Dieu – dit-il – il n’y a pas acception de personnes ; le ministre général de la religion, l’Esprit saint, repose également sur le pauvre et le simple » » (2C 193, EVT 1664).

Cette intuition a été reconnue[18] et a pourtant eu besoin d’être défendue à de multiples reprises[19].

Il est fondamental de proposer cette dimension dans la formation car c’est là que se construit un Ordre de frères. « La pénurie assez évidente de frères laïcs dans les nouvelles régions de développement de l’Ordre pose un problème : est-ce le Seigneur qui ne veut que des capucins ordonnés in sacris ou bien est-ce nous qui nous pensons et nous proposons seulement comme des frères prêtres ? Je ne pense pas que ce soit une question de nombre, mais d’identité charismatique ! Notre vocation est d’être des frères et des mineurs : toutes les autres « qualifications » n’ajoutent et n’enlèvent rien à cette identité. C’est plutôt à partir de cette identité que tout le reste reçoit sa propre physionomie. En d’autres termes, je ne me qualifie pas comme frère mineur parce que je suis prêtre, ou parce que j’ai un diplôme ou parce que je peux occuper des postes considérés comme prestigieux dans ma culture. Je ne me qualifie pas comme frère mineur parce que je peux tenir une paroisse, administrer les sacrements, diriger une école ou occuper des postes de pouvoir au sein de l’Église et de l’Ordre. Je me qualifie comme frère mineur seulement et dans la mesure où je m’engage à vivre l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, dans l’obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté, avec une prédilection particulière pour un service généreux et humble, dans l’oubli de soi et la proximité aux derniers, aux exclus et aux pauvres. C’est pourquoi, dans notre Ordre, il y a vraiment de la place pour tous, pas seulement pour ceux qui sont appelés à l’Ordre sacré. C’est pour cela que tant de nos frères laïcs ont pu atteindre la sainteté sans être prêtres, car être ordonné n’est pas un élément nécessaire pour vivre notre vocation. Qu’il serait plus grand le témoignage de l’évangile que nous donnerions, avec notre façon de raisonner et les choix que nous faisons, si nous réussissions à enrichir toutes les cultures de cette identité spécifique que l’Esprit nous a donnée pour le bien du peuple de Dieu ! Il faut trouver les manières de faire en ce sens des pas significatifs »[20].

Quelques considérations sur la vie fraternelle

Le désir de construire des relations significatives est très fort dans le cœur de l’homme. En même temps, il y a une grande peur de s’engager pleinement dans des liens. Cependant, une identité qui évite les limites de la relation est vouée à être vide ou fragmentée. Les frères peuvent apporter leur contribution au vivre ensemble à la fois parce que la vie religieuse est – comme toute l’Église – maison et école de communion[21], et parce que les personnes consacrées sont tout d’abord appelées à être des hommes et des femmes de la rencontre[22].

La relation est l’outil de formation par excellence car « la vie fraternelle est le lieu privilégié pour discerner et pour accueillir la volonté de Dieu, et pour avancer ensemble en union d’esprit et de cœur »[23]. Pourtant, des attitudes peuvent s’établir par lesquelles la vie fraternelle peut être sérieusement menacée[24]. Il peut aussi y avoir des situations où elle peut devenir « seulement théorique : manque la vie commune quotidienne, que constitue le fait de prier ensemble, d’affronter et de partager notre vie et notre foi, de prendre en charge les services communs où tous se mettent au service les uns des autres ; manque la dimension de la fraternité qui nous est propre, « lieu » privilégié dans lequel chacun peut trouver Dieu qui lui parle et lui offre tous les éléments nécessaires à sa véritable croissance humaine et spirituelle selon notre vocation ; manque le « lieu » où, en plus de la sensibilité personnelle – toujours à partager pour la croissance de chacun – nous pouvons aussi vraiment discerner ensemble, quelle est la volonté de Dieu concernant la fraternité locale, provinciale et celle de l’Ordre entier. Autrefois, pour constituer une fraternité il fallait au moins douze frères. Il ne pourra pas en être ainsi aujourd’hui. Mais nous ne pourrons pas non plus penser que notre charisme trouvera les chemins pour s’incarner avec une divine efficacité, dans les différentes cultures, si nous ne misons pas de manière décisive sur la présence de fraternités significatives tant en nombre qu’en vitalité de rapports fraternels. Il sera également difficile de témoigner avec efficacité de notre vie si nous nous présentons seulement comme des opérateurs pastoraux, totalement dévoués au ministère, sans expression de la vie fraternelle »[25].

Afin que nous puissions grandir dans la communion, il convient « que le Chapitre local soit l’objet d’une attention particulière. Il est un moyen privilégié pour maintenir et accroître le caractère propre de notre vie de communion fraternelle. L’obéissance d’amour qui caractérise notre fraternité s’y exprime bien. Grâce à elle, les frères sont au service les uns des autres, la créativité se trouve stimulée et les dons de chacun profitent à tous » (Const. 89,4)[26]. Sur l’importance des relations fraternelles, le Pape François écrit dans Evangelii gaudium : « un défi important est de montrer que la solution ne consistera jamais dans la fuite d’une relation personnelle et engagée avec Dieu, et qui nous engage en même temps avec les autres. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand les croyants font en sorte de se cacher et de se soustraire au regard des autres, et quand subtilement ils s’enfuient d’un lieu à l’autre ou d’une tâche à l’autre, sans créer des liens profonds et stables [...]. C’est un faux remède qui rend malade le cœur et parfois le corps. Il est nécessaire d’aider à reconnaître que l’unique voie consiste dans le fait d’apprendre à rencontrer les autres en adoptant le comportement juste, en les appréciant et en les acceptant comme des compagnons de route, sans résistances intérieures. Là se trouve la vraie guérison, du moment que notre façon d’être en relation avec les autres, en nous guérissant réellement au lieu de nous rendre malade, est une fraternité mystique, contemplative, qui sait regarder la grandeur sacrée du prochain, découvrir Dieu en chaque être humain, qui sait supporter les désagréments du vivre ensemble en s’accrochant à l’amour de Dieu, qui sait ouvrir le cœur à l’amour divin pour chercher le bonheur des autres comme le fait leur Père qui est bon » (EG 91-92).

Dans la construction d’une fraternité mystique, la maxime suivante est excellente : le temps perdu dans les relations est le temps qui donne sa valeur à la relation[27]. Veux-tu savoir ce que la rose vaut pour toi ? Nous demande le Petit Prince : combien de temps lui consacres-tu ? Combien de temps perds-tu pour la rose ? Le temps qui valorise la relation est le temps pendant lequel nous sommes ensemble ; c’est le temps qui prépare à la rencontre, et celui qui, en conclusion, l’intègre. « Perdre du temps » dans la relation, c’est perdre du temps dans la connaissance et dans gestion des dynamiques relationnelles qui précèdent, accompagnent et suivent la rencontre.

« La volonté de se réapproprier la vie évangélique fraternelle a constitué l’effort le plus important de l’Ordre pour répondre à l’invitation faite par le Concile Vatican II à tous les religieux de revenir au charisme de leurs origines. Et en effet, dans de nombreuses provinces différentes, les frères âgés reconnaissent que dans leurs communautés il existe une sensibilité plus profonde à la vie fraternelle. En même temps, cinq Conseils Pléniers de l’Ordre ont été consacrés à redéfinir le sens évangélique de notre vie fraternelle [...] « Et quand le Seigneur m’eut donné des frères... » Ce fut un tournant dans la vie de François, qui a toujours considéré comme réponse primordiale au saint Évangile celle de vivre en frère. Finalement, il est entré dans une relation d’affection avec tout le monde et toute chose. Chaque créature particulière était son frère ou sa sœur ; chaque pierre, chaque ruisseau, sa maison. Il a parlé de frère Soleil, de sœur Lune, de frère Vent et de mère Terre. Par l’œuvre de la grâce, François a atteint un point où il n’avait plus en lui-même ni violence ni division, rien qui puisse le séparer de son prochain ou de la création. Celano affirme que François, purifié par l’intensité avec laquelle il vivait la fraternité, était revenu à l’innocence originelle. Pareille qualité de vie fraternelle, en François et dans sa fraternité primitive, ouvrait les cœurs au message du saint Evangile. La fraternité était son outil d’évangélisation préféré. Le « témoignage évangélique » n’est pas une nouvelle idéologie, c’est une nouvelle conversion ! […] Nous ne pouvons pas prétendre être un « peuple évangélique », tant que chacun des frères ne prendra pas la décision d’être un « homme évangélique ». « Ayez en vous les mêmes sentiments qui étaient en Christ Jésus » (Ph 2, 5). Tel est le terrain commun auquel nous ramène la tradition capucine à travers l’application sérieuse au partage de la Parole, la méditation, la prière de l’Église, l’Eucharistie, la Réconciliation. La création d’une fraternité qui lise sérieusement les nouveaux signes des temps et reconnaisse l’action de l’Esprit de Dieu au milieu du son peuple requiert quelque chose de plus que l’étude des grands événements nationaux et mondiaux. La création d’une fraternité insérée parmi les pauvres nécessite autre chose qu’un simple changement de lieu ou une modification de la structure de la fraternité : elle nécessite un cheminement mental et spirituel de la part des frères. Travailler efficacement pour la réconciliation et le règne de la justice exige aussi qu’une fraternité entreprenne une réflexion sérieuse sur son environnement à la lumière de l’Évangile. « La sagesse ... se laisse trouver par celui qui la cherche ... Il la trouvera assise à sa porte » (Sg 6, 12.14). François n’a pas trouvé la clé de la paix et de la justice dans la lointaine Rome ou à la cour du Saint Empire Romain. Il a commencé sa quête dans son environnement, à Sainte Marie des Anges avec ses frères. Un effort sérieux est donc nécessaire pour une utilisation effective du chapitre local, qui doit animer nos fraternités pour donner un témoignage plus efficace des valeurs évangéliques qui constituent le fondement de notre forme de vie. Une fraternité évangélique ne naît pas par hasard, simplement en rassemblant des frères dans une même maison, mais elle demande attention et animation. Le rôle du Gardien en tant qu’animateur de la fraternité locale est donc indispensable. Les Gardiens doivent être considérés par les ministres provinciaux et leurs fraternités principalement comme des guides spirituels. Et ils doivent eux-mêmes considérer l’animation spirituelle de leurs fraternités comme leur responsabilité première et la plus importante (cf. « Vie fraternelle en communauté », no 50). […] François voulait que sa fraternité exprime la qualité évangélique spécifique de la minorité. Dans sa première Règle, François indique comment la minorité doit informer les relations entre les frères eux-mêmes : « ...que tous les frères n’aient en cela aucun pouvoir ni domination, surtout entre eux » (1Reg 5,9, EVT 196). […] Les dons sont donnés par le Saint-Esprit non pas pour notre prestige personnel, mais pour le service de la fraternité et du monde. Saint François lui-même nous renvoie au chapitre 13 de l’Évangile de Jean, dans lequel Jésus nous fait comprendre la nature du service chrétien : « et que nul ne soit appelé « prieur », mais tous soient d’une manière générale appelés « frères mineurs. Et qu’ils se lavent l’un l’autre les pieds » (1Reg 6,3, EVT 197). Ainsi, la minorité rend possible à des personnes qui possèdent des qualités et des responsabilités très différentes dans la société et dans l’Église d’être unis dans une authentique fraternité et de vivre comme égaux »[28].

Intégration mutuelle

« Veillons à ce que, dans nos fraternités, la diversité des âges contribue à l’entente des cœurs et à la complémentarité mutuelle. Manifestons une charité empressée et reconnaissante à l’égard de nos aînés. Que les jeunes tiennent en juste estime les frères plus âgés et tirent volontiers profit de leur expérience. Les frères anciens sauront reconnaître la valeur des nouvelles [et saines] formes de vie et d’activité. Les uns et les autres mettront en commun leurs richesses personnelles » (Const. 91).

La rencontre entre les générations est fondamentalement une rencontre dans la diversité et suit la grammaire de cette logique. Si elle n’est pas conflictuelle en soi, il n’est pas non plus évident qu’elle soit enrichissante. Quand la diversité vécue dans son corps, dans ses rêves, dans ses peurs, ressent comme menaçante la diversité dont un corps plus âgé ou plus jeune est porteur (avec ses énergies, ses poussées, ses perturbations), elle devient conflictuelle. Ce conflit générationnel peut se résoudre par la discipline de la rencontre, la connaissance de son propre cœur et la guérison des blessures. Si chacun parvient à se mettre à la place de l’autre, il sera plus disposé à penser qu’en l’autre – avec qui la rencontre est difficile – il y a au moins une parcelle de bonté et de vérité ; si chacun sait écouter jusqu’au bout les raisons de l’autre, les peurs et les rêves liés à chaque âge, alors adviendra le miracle de la rencontre intergénérationnelle[29]. Il est important de garder à l’esprit qu’au fil des années, se vivent des rêves, des peurs, des énergies, des élans, qui sont spécifiques à chaque tranche d’âge, et qui font que les expériences d’un jeune ne sont pas celles d’un adulte ou d’une personne âgée.  chaque saison de la vie, l’homme est devant une expérience différente de lui-même (et en particulier de son propre corps et de ses fonctions), de l’autre et de Dieu.

Commentant l’épisode de la présentation au Temple, le Pape François déclare : « la fête de la présentation de Jésus au Temple est appelée également la fête de la rencontre: […] quand Marie et Joseph amenèrent leur enfant au Temple de Jérusalem, eut lieu la première rencontre entre Jésus et son peuple, représenté par les deux vieillards Syméon et Anne. Ce fut aussi une rencontre au sein de l’histoire du peuple, une rencontre entre les jeunes et les personnes âgées : les jeunes étaient Marie et Joseph, avec leur nouveau-né ; et les personnes âgées étaient Syméon et Anne. […] C’est une rencontre entre les jeunes pleins de joie dans l’observation de la Loi du Seigneur et les personnes âgées pleines de joie en raison de l’action du Saint-Esprit. C’est une rencontre particulière entre observance et prophétie, où les jeunes sont les observants et les personnes âgées sont les prophètes ! […] Et dans la vie consacrée aussi on vit la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées, entre observance et prophétie. Ne les voyons pas comme deux réalités opposées ! Laissons plutôt le Saint-Esprit les animer toutes les deux, et le signe de cela est la joie : la joie d’observer, de marcher dans une règle de vie ; c’est la joie d’être guidés par l’Esprit, jamais rigides, jamais fermés, toujours ouverts à la voix de Dieu qui parle, qui ouvre, qui conduit, qui nous invite à aller vers l’horizon. Cela fait du bien aux personnes âgées de communiquer la sagesse aux jeunes : et cela fait du bien aux jeunes de recueillir ce patrimoine d’expérience et de sagesse, et de le porter de l’avant, non pour le conserver dans un musée, mais pour le porter de l’avant en affrontant les défis que la vie nous présente, le porter de l’avant pour le bien des familles religieuses respectives et de toute l’Église »[30].

Qui sait si aujourd’hui encore pour les adultes et les personnes âgées, dans la rencontre entre générations, l’image de François ne peut pas être utile, qui, ayant atteint son accomplissement, dit : « J’ai fait ma part, le Christ vous enseigne la vôtre ». François d’Assise ne nie pas son histoire et n’absolutise pas son expérience de vie. L’humilité responsable devient l’une des vertus fondamentales pour que les générations se rencontrent et s’épanouissent. Et en même temps, comme l’enseigne le Pape François, il est important que les jeunes se souviennent que « le raffermissement et le renouveau de la vie consacrée arrivent par un grand amour de la règle, et aussi par la capacité de contempler et d’écouter les aînés de la congrégation. Ainsi, le « dépôt », le charisme de chaque famille religieuse est gardé à la fois par l’obéissance [des jeunes] et par la sagesse [des personnes âgées]. Et, à travers ce chemin, nous sommes préservés de vivre notre consécration d’une façon light […] qui réduirait la vie religieuse à une « caricature », une caricature dans laquelle s’effectue une sequela sans renoncement, une prière sans rencontre, une vie fraternelle sans communion, une obéissance sans confiance et une charité sans transcendance »[31].

Dans ce processus de dialogue et d’intégration, « il s’agit d’être une présence et un lieu où chacun peut déposer sa douleur, même silencieuse et jusqu’à celle qui serait « illégitime », et se sentir « réchauffer le cœur ». Il s’agit de vivre la vie fraternelle dans l’Esprit comme un lieu où les diversités et les subjectivités s’ouvrent aux frères et se livrent à la relation »[32]. Dans l’engagement réciproque, dans le défi qu’il représente pour chacun, chacun selon son âge et son service, les paroles de Jean-Paul II sont à accueillir avec une confiance renouvelée : « personnes consacrées, aînées et jeunes, vivez la fidélité à votre engagement envers Dieu, en vous édifiant et en vous soutenant mutuellement »[33]. Le pape François reprend et résume cette idée lorsqu’en Evangelii Gaudium il s’écrie : « ne nous laissons pas voler la communauté ! »[34].

Frères malades

« Bienheureux le serviteur qui chérirait autant son frère quand c’est un malade qui ne peut rien faire pour lui que quand c’est un bien portant qui peut le satisfaire » (Adm 24, EVT 294)[35]. L’attention au frère qui est faible prouve l’amour. L’infirmité à l’époque de S. François, contraignait à vivre dans un tel état de vulnérabilité que l’amour pour le frère malade était le signe évident d’un amour gratuit, désintéressé, authentique et source de béatitude. François d’Assise avait une grande compassion pour les frères malades et écrit dans la Première Règle : « Si un des frères tombait malade, où qu’il soit, que les autres frères ne le quittent pas sans avoir désigné un des frères – ou plusieurs, si c’était nécessaire – pour le servir comme ils voudraient eux-mêmes être servis. Mais en cas de très grande nécessité, ils peuvent le laisser chez une personne qui devra faire ce qu’il faut pour sa maladie » (1Reg 10, EVT 203)[36]. Un amour si grand pour le frère malade qu’il justifie même l’exception à la « Règle »[37]. Dans le chapitre 7 de la 1Reg, il est dit « qu’aucun des frères, où qu’il soit et où qu’il aille, ne prenne en aucune manière, ne reçoive ni ne fasse recevoir de l’argent ou des deniers, ni pour des vêtements ni pour des livres, ni comme prix de quelque travail, absolument en aucune occasion, sinon en cas de nécessité manifeste des frères malades »[38]. Seul l’amour pour les malades et pour les lépreux peut motiver non seulement à accepter de l’argent, mais encore à demander l’aumône : « Toutefois, en cas de nécessité manifeste des lépreux, les frères peuvent demander l’aumône pour eux » (1Reg 8, EVT 201). La fermeté face au principe de ne pas demander l’aumône – au point de le souligner avec plusieurs nuances : « qu’en aucune manière les frères ne reçoivent ni ne fassent recevoir, ne demandent ni ne fassent demander de l’argent pour l’aumône » – cède le pas, dans l’audace de la charité, aux besoins des malades[39]. « Les nécessités des lépreux » sont la justification, supérieure à toute ascèse, pour aller au-delà du commandement de ne pas recevoir d’argent. Pour la même raison et pour la même miséricorde envers les frères malades, bien que les frères ne puissent pas garder d’animaux ni les monter, ceux qui sont infirmes ou en cas de nécessité sont exemptés de l’interdiction : « qu’il ne leur soit pas licite d’aller à cheval, s’ils n’y sont pas contraints par la maladie ou par une grande nécessité » (1Reg 15, EVT 208 ; cf. 2Reg 3, EVT 263). Devant le frère qui souffre, François demande un cœur évangélique qui sait se mettre à la place des autres et qui sait dépasser la sécurité d’être à l’abri dans l’enceinte de l’observance[40].

En François d’Assise, on décèle un immense amour pour ceux qui sont dans la faiblesse. Cette miséricorde[41] se manifeste aussi dans les paroles d’admonition qu’il adresse au frère malade, afin que, dans la faiblesse, il n’égare pas le chemin eucharistique de l’Évangile : « et je prie le frère malade de rendre grâces de tout au Créateur ; et que tel le Seigneur le veut, tel il désire être, bien portant ou malade, car tous ceux que Dieu a prédestinés à la vie éternelle, il les instruit par l’aiguillon des fléaux et des maladies et par l’esprit de componction, comme dit le Seigneur : Moi, ceux que j’aime, je les éprouve et je les châtie. Mais s’il se trouble ou se met en colère soit contre Dieu soit contre les frères ou si, par hasard, il demande avec insistance des médecines, désirant par trop libérer une chair qui va bientôt mourir et qui est ennemie de l’âme, cela lui vient du mauvais et il est charnel et il ne semble pas être des frères, parce qu’il chérit le corps plus que l’âme » (1Reg 10, EVT 203-204). La gratitude est la parole que le frère adresse au Créateur à la fois dans la santé et dans la maladie, car « à toute heure et en tout temps, chaque jour et continuellement, nous tous, nous croyons vraiment et humblement et gardons dans notre cœur et aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons, glorifions et exaltons au-dessus de tout, magnifions et rendons grâces au très haut et souverain Dieu éternel, Trinité et Unité, Père et Fils et Esprit saint » (1Reg 23, EVT 227)[42].

À propos de la proximité avec nos frères malades, le pape François raconte un dialogue qu’il a eu avec une consacrée : « Ah oui, mon Père, dans ma communauté, la supérieure nous a donné la permission de sortir, d’aller dans les quartiers pauvres auprès des gens... » - « Et dans ta communauté, y-a-t-il des sœurs âgées ? » — « Oui, oui... Il y a l’infirmerie au troisième étage » - « Et combien de fois par jour vas-tu rendre visite à tes sœurs, celles qui sont âgées, qui pourraient être ta mère ou ta grand-mère ? » - « Mais, vous savez, mon Père, je suis très occupée et je ne peux pas y aller... ». Proximité ! Quel est le premier proche d’une personne consacrée ? Le frère ou la sœur de la communauté. Tel est votre premier prochain. Et c’est aussi une jolie proximité, bonne, faite d’amour »[43].

Moyens de communication

« Les moyens de communication sociale contribuent au développement de la personne et à l’extension du Royaume de Dieu. Les choisir et s’en servir demande maturité de jugement, modération et refus de ce qui est opposé à la foi, la morale et la vie consacrée » (Const. 96,1).

Il n’est pas possible, au jour d’aujourd’hui, de ne pas être impliqué dans les médias sociaux (traditionnels ou innovants). Ils ont une utilité multiple et peuvent contribuer à la croissance de la personne comme à l’évangélisation. Paul VI par le décret sur les instruments de communication sociale Inter Mirifica a saisi la richesse qu’ils apportent à l’humanité : « parmi les merveilleuses découvertes techniques qu’avec l’aide de Dieu, le génie de l’homme a tirées de la création, à notre époque surtout, l’Église accueille et suit avec une sollicitude toute maternelle celles qui, plus directement, touchent les facultés spirituelles de l’homme et offrent des possibilités élargies de communiquer très facilement des nouvelles de tout genre, des idées, des orientations. Or, parmi ces découvertes, il faut assigner une place singulière aux moyens qui, de par leur nature, sont aptes à atteindre et à influencer non seulement les individus, mais encore les masses comme telles, et jusqu’à l’humanité tout entière. Tel est le cas de la presse, du cinéma, de la radio, de la télévision et d’autres techniques de même nature. Aussi bien peut-on les appeler à juste titre : moyens de communication sociale. Certes, l’Église notre Mère sait que ces instruments, quand ils sont utilisés correctement, rendent de grands services au genre humain : ils contribuent, en effet, d’une manière efficace au délassement et à la culture de l’esprit, ainsi qu’à l’extension et à l’affermissement du règne de Dieu » (IM 1,2). Concernant les utilisateurs, il est précisé que « la bonne utilisation des moyens de communication sociale, mis à la disposition d’usagers différents par l’âge et la culture, requiert une formation théorique et pratique adaptée selon les usagers et spécifique selon les instruments. Aussi bien, les réalisations visant à la formation, surtout si elles concernent la jeunesse, dans les écoles catholiques de tous degrés, les séminaires et aussi les groupes d’apostolat des laïcs, sont-elles à encourager et à multiplier. Elles seront conduites à la lumière des principes de la morale chrétienne. Afin d’atteindre plus rapidement ce résultat, le catéchisme comportera un exposé et une explication de la doctrine et de la discipline de l’Église en cette matière » (IM 16). En ce qui concerne les devoirs des utilisateurs, il est précisé que « tous les usagers – c’est-à-dire lecteurs, spectateurs et auditeurs – reçoivent par libre choix personnel les messages diffusés par ces moyens. Des devoirs particuliers s’imposent donc à eux. Par leur choix, ils encourageront nettement tout ce qui présente une réelle valeur morale, culturelle et artistique ; ils éviteront tout ce qui pourrait être, soit pour eux-mêmes cause ou occasion de préjudice spirituel, soit pour les autres cause de scandale par leur mauvais exemple, soit enfin pour les communications elles-mêmes un obstacle aux bonnes et un appui aux mauvaises. Ce dernier cas se produit le plus souvent lorsqu’on soutient de ses propres deniers des gens qui exploitent ces moyens en tenant uniquement compte des critères du profit. Afin de conformer leur conduite à la loi morale, les usagers ne négligeront pas leur devoir de se renseigner à temps sur les positions adoptées en ces matières par l’autorité compétente et de s’y soumettre selon les normes de la conscience droite. De plus, en recourant aux moyens appropriés, ils voudront se former une conscience éclairée et droite afin de résister plus facilement aux influences moins honnêtes et de suivre sûrement les bonnes » (IM 9).

Parmi les nombreux instruments de formation de la conscience, on trouve les messages que le Saint-Père adresse chaque année à l’occasion de la journée mondiale des communications sociales. Dans le message pour la XLVIIIème journée mondiale, dont le thème était Communication et service d’une authentique culture de la rencontre, il disait : « Aujourd’hui nous vivons dans un monde qui devient de plus en plus « petit » et où il semblerait alors facile de se faire proches les uns des autres. Le développement des transports et des technologies de communication nous rapproche, nous connectant toujours plus, et la mondialisation nous rend interdépendants. Cependant, au sein de l’humanité persistent des divisions, parfois très marquées. […] Dans ce monde, les médias peuvent contribuer à nous faire sentir plus proches les uns des autres ; à nous faire percevoir un sens renouvelé de l’unité de la famille humaine, qui pousse à la solidarité et à l’engagement sérieux pour une vie plus digne. Bien communiquer nous aide à nous rapprocher et à mieux nous connaître les uns les autres, à être plus unis. Les murs qui nous divisent ne peuvent être surmontés que si nous sommes prêts à nous écouter et à apprendre les uns des autres. Nous avons besoin de régler les différences à travers des formes de dialogue qui nous permettent de grandir dans la compréhension et le respect. La culture de la rencontre exige que nous soyons disposés non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres. Les médias peuvent nous aider dans ce domaine, surtout aujourd’hui, alors que les réseaux de communication humaine ont atteint une évolution extraordinaire. En particulier, Internet peut offrir plus de possibilités de rencontre et de solidarité entre tous, et c’est une bonne chose, c’est un don de Dieu.

Il y a cependant des aspects problématiques : la vitesse de l’information dépasse notre capacité de réflexion et de jugement et ne permet pas une expression de soi mesurée et correcte. La variété des opinions exprimées peut être perçue comme une richesse, mais il est également possible de s’enfermer dans une sphère d’informations qui correspondent seulement à nos attentes et à nos idées, ou même à des intérêts politiques et économiques déterminés. L’environnement communicatif peut nous aider à grandir ou, au contraire, à nous désorienter. Le désir de connexion numérique peut finir par nous isoler de notre prochain, de nos plus proches voisins. Sans oublier ceux qui, pour diverses raisons, n’ont pas accès aux médias sociaux, et risquent d’être exclus. Ces limites sont réelles, pourtant elles ne sauraient justifier un rejet des médias sociaux ; elles nous rappellent plutôt que la communication est, en définitive, une conquête plus humaine que technologique. Par conséquent, qu’est-ce qui nous aide dans l’environnement numérique à grandir en humanité et dans la compréhension mutuelle ? Par exemple, nous devons retrouver un certain sens de la lenteur et du calme. Ce qui demande du temps et la capacité de faire silence pour écouter. Nous avons également besoin d’être patients si nous voulons comprendre celui qui est différent de nous : la personne s’exprime pleinement non pas quand elle est simplement tolérée, mais lorsqu’elle se sait vraiment accueillie. […] Alors, comment la communication peut-elle être au service d’une authentique culture de la rencontre ? Et pour nous, les disciples du Seigneur, que signifie rencontrer une personne selon l’Évangile ? Comment est-il possible, malgré toutes nos limites et nos péchés, d’être vraiment proches les uns des autres ? Ces questions se résument à celle qu’un jour, un scribe c'est-à-dire un communicateur, posa à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » (Lc 10, 29). Cette question nous permet de comprendre la communication en termes de proximité. Nous pourrions la traduire ainsi : comment se manifeste la « proximité » dans l’utilisation des moyens de communication et dans le nouvel environnement créé par les technologies numériques ? Je trouve une réponse dans la parabole du bon Samaritain, qui est aussi une parabole du communicateur. Celui qui communique, en effet, se fait proche. Et le bon Samaritain non seulement se fait proche, mais il prend en charge cet homme qu’il voit à moitié mort sur le bord de la route. Jésus renverse la perspective : il ne s’agit pas de reconnaître l’autre comme mon semblable, mais de ma capacité de me faire semblable à l’autre. Communiquer signifie alors prendre conscience d’être des humains, des enfants de Dieu. J’aime définir ce pouvoir de la communication comme « proximité ». […] Il ne suffit pas de passer le long des « routes » numériques, c’est-à-dire simplement d’être connecté : il est nécessaire que la connexion s’accompagne d’une rencontre vraie. Nous ne pouvons pas vivre seuls, renfermés sur nous-mêmes. Nous avons besoin d’aimer et d’être aimés. Nous avons besoin de tendresse. Ce ne sont pas les stratégies de communication qui en garantissent la beauté, la bonté et la vérité. D’ailleurs le monde des médias ne peut être étranger au souci pour l’humanité, et il a vocation à exprimer la tendresse. Le réseau numérique peut être un lieu plein d’humanité, pas seulement un réseau de fils, mais de personnes humaines. La neutralité des médias n’est qu’apparente : seul celui qui communique en se mettant soi-même en jeu peut représenter un point de référence. L’implication personnelle est la racine même de la fiabilité d’un communicateur. Pour cette raison, le témoignage chrétien, grâce au réseau, peut atteindre les périphéries existentielles. Je le répète souvent : entre une Église accidentée qui sort dans la rue, et une Église malade d’autoréférentialité, je n’ai pas de doutes : je préfère la première. Et les routes sont celles du monde où les gens vivent, où l’on peut les rejoindre effectivement et affectivement. Parmi ces routes, il y a aussi les routes numériques, bondées d’humanité, souvent blessée : hommes et femmes qui cherchent un salut ou une espérance. Aussi grâce au réseau, le message chrétien peut voyager « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Ouvrir les portes des églises signifie aussi les ouvrir dans l’environnement numérique, soit pour que les gens entrent, quelles que soient les conditions de vie où ils se trouvent, soit pour que l’Évangile puisse franchir le seuil du temple et sortir à la rencontre de tous. Nous sommes appelés à témoigner d’une Église qui soit la maison de tous. Sommes-nous en mesure de communiquer le visage d’une telle Église ? La communication contribue à façonner la vocation missionnaire de l’Église tout entière, et les réseaux sociaux sont aujourd’hui l’un des endroits pour vivre cet appel à redécouvrir la beauté de la foi, la beauté de la rencontre avec le Christ. Même dans le contexte de la communication il faut une Église qui réussisse à apporter de la chaleur, à embraser le cœur.

Le témoignage chrétien ne se réalise pas avec le bombardement de messages religieux, mais avec la volonté de se donner soi-même aux autres « à travers la disponibilité à s’impliquer avec patience et respect dans leurs questions et leurs doutes, sur le chemin de la recherche de la vérité et du sens de l’existence humaine » (Benoît XVI, Message pour la XLVIIème Journée mondiale des communications sociales, 2013). Pensons à l’épisode des disciples d’Emmaüs. Il faut savoir entrer en dialogue avec les hommes et les femmes d’aujourd’hui, pour en comprendre les attentes, les doutes, les espoirs, et leur proposer l’Évangile, c’est-à-dire Jésus Christ, Dieu fait homme, mort et ressuscité pour nous libérer du péché et de la mort. Le défi nécessite profondeur, attention à la vie, sensibilité spirituelle. Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. Que l’icône du bon Samaritain, qui soigne les blessures de l’homme blessé en y versant de l’huile et du vin, soit notre guide. Que notre communication soit une huile parfumée pour la douleur et le bon vin pour l’allégresse. Notre rayonnement ne provient pas de trucages ou d’effets spéciaux, mais de notre capacité de nous faire proche de toute personne blessée que nous rencontrons le long de la route, avec amour, avec tendresse. N’ayez pas peur de devenir les citoyens du territoire numérique. L’attention et la présence de l’Église sont importantes dans le monde de la communication, pour dialoguer avec l’homme d’aujourd’hui et l’amener à rencontrer le Christ : une Église qui accompagne le chemin, sait se mettre en marche avec tous. Dans ce contexte, la révolution des moyens de communication et de l’information est un grand et passionnant défi, qui requiert des énergies fraîches et une nouvelle imagination pour transmettre aux autres la beauté de Dieu »[44].Tout défi a besoin d’accompagnement et de discernement[45]. La fraternité, sous la conduite du gardien, assure ce service de croissance afin que soient protégés « la pauvreté, la vie de prière et le silence, la communion fraternelle et le travail, et pour qu’en même temps ils servent au bien et à l’activité de tous » (Const. 96,2).

Collaboration entre circonscriptions.

« Fraternité Saint-Laurent-de-Brindes »

« Comme membres d’un Ordre de frères, fortifions en nos cœurs le sentiment d’appartenance à la Famille capucine tout entière. Mettons en œuvre et développons volontiers la collaboration entre nos circonscriptions, en renforçant la vitalité de notre charisme et le bien de l’Ordre plus que la survie des structures » (Const. 100, 1-2).

La collaboration entre les circonscriptions se déroule de différentes manières et à différents niveaux. Elle représente un événement formatif aussi bien dans le sens où il est nécessaire de se former dans cette direction, que dans le sens où collaborer est déjà formation à une appartenance qui a une identité internationale. Elle est faite de réciprocité entre qui reçoit un don et qui l’offre. « Conscients que le baptême et la profession créent entre nous des liens plus forts que ceux de la nature, accueillons la multiple richesse des diverses cultures et favorisons aussi entre nous la rencontre et le dialogue » (Const. 100, 5). Toute expérience de collaboration est une expérience de foi[46] qui enrichit tout le monde : les frères qui partent comme ceux qui accueillent. Et en même temps, toute expérience de collaboration exige de tous une ascèse relationnelle : c’est une rencontre entre cultures, entre différentes manières de vivre l’Évangile et le charisme capucin-franciscain.

C’est dans le cadre de la collaboration entre circonscriptions qu’est né le projet « Fraternités pour l’Europe », rebaptisé « Fraternités Saint-Laurent-de-Brindes »[47].

Dans la lettre à l’Ordre de début de sexennat, le ministre général fr. R. Genuin écrit : « le projet s’est développé au point qu’ont été maintenant constituées et ouvertes, même si c’est selon des modalités différentes, les fraternités de Clermont Ferrand et de Lourdes en France, celle de Kilkenny en Irlande, celle d’Anvers en Belgique, celle de León en Espagne et celle de Spello en Italie. Puisque l’initiative semble déjà donner des fruits très positifs, et forts du mandat du Chapitre Général, nous voulons nous engager à, plus encore, la soutenir. Pour le moment, nous sommes en train de penser et d’œuvrer pour que se constituent deux autres fraternités présentant ces caractéristiques, notamment à Meercel-Dref en Belgique, à la frontière avec la Hollande, et dans le sanctuaire de Mariabesnyo, notre ancienne présence en Hongrie. Par la suite, nous voudrions également mettre ainsi en valeur les Celle de Cortone ; c’est un de nos lieux franciscains par excellence : nous croyons qu’il peut très bien répondre au besoin de nombreux frères de savourer à nouveau en ses racines notre spiritualité, de revenir un peu aux sources, de passer sereinement plus ou moins de temps dans un climat de simplicité, de prière et d’accueil. Naturellement, pour toutes ces initiatives, nous demandons la disponibilité et l’enthousiasme de frères qui désirent quelque peu se lancer dans cette belle aventure. Qu’ils signalent leur disponibilité à leur ministre provincial et au conseiller général de leur région, qui sauront eux, comment tout coordonner et répondre au mieux, en fonction des désirs entretenus par chacun et des nouvelles occasions de croissance et de témoignage offertes par le projet »[48].

Ces fraternités constituent un réseau charismatique mais ne sont pas des fraternités « spéciales ». Comme l’écrivait fr. M. Jöhri : « je souhaite voir naître des fraternités qui vivent une foi sincère et profonde, où la qualité des relations fraternelles devient un témoignage de l’amour de Dieu, et un lieu d’accueil capable de générer de nouvelles occasions de suivre le Seigneur Jésus. Nous voulons évangéliser par notre vie quotidienne et nous voulons le faire en communion avec les Églises locales et les réalités ecclésiales où le Seigneur nous donnera d’être présents »[49].

Sortir n’a jamais été facile, comme le raconte la conversation entre François d’Assise et l’évêque d’Ostie, qui dit au frère : « Pourquoi as-tu envoyé tes frères si loin pour mourir de faim et pour subir tant d’autres tribulations ? » Le bienheureux François lui répondit avec grande ferveur d’esprit et l’esprit de prophétie : « Seigneur, pensez-vous ou croyez-vous que le Seigneur a envoyé les frères seulement pour ces provinces-ci ? Mais en vérité je vous le dis : le Seigneur a choisi et envoyé les frères pour le profit et le salut des âmes de tous les hommes du monde entier ; et ils seront reçus non seulement dans la terre des fidèles, mais aussi des infidèles. Et pourvu qu’ils observent ce qu’ils ont promis au Seigneur, alors le Seigneur leur fournira le nécessaire dans la terre des infidèles comme dans la terre des fidèles. » Le seigneur évêque s’émerveilla de ses paroles, en reconnaissant qu’il disait vrai » (SP 65, EVT 2693 ; CA 108 [LP 82], EVT 1383-1384).

Pour encourager les formes de collaboration entre les circonscriptions, le fr. Roberto Genuin, ministre général, écrit : « il existe également une autre forme de collaboration entre les circonscriptions pratiquée depuis déjà quelque temps et ayant produit de nombreux effets bénéfiques ; nous croyons devoir la soutenir avec beaucoup d’engagement, car nous pensons qu’elle caractérisera fortement l’avenir de l’Ordre. Il s’agit de l’ouverture généreuse, qui qualifie la dimension fraternelle, à la collaboration entre circonscriptions voisines ou de la même région. Ceux qui, avec détermination, se sont déjà avancés sur cette route et qui ont affronté sans s’enfuir, les difficultés qu’elle aussi comporte, savent combien la collaboration apporte d’avantages, en particulier au profit des jeunes générations de l’Ordre qui apprennent, sans difficulté, à s’ouvrir à la dimension mondiale de notre fraternité, sans pour autant se trouver limités ou affaiblis par les fragilités locales, car ils ont confiance en notre plus grande et multiforme richesse »[50].

Famille franciscaine

Nous, frères mineurs capucins, faisons partie d’une grande famille franciscaine. Nous partageons notre charisme avec les frères du 1er Ordre qui professent la Règle de Saint François, mais aussi avec les Clarisses, avec l’OFS et la Jeunesse Franciscaine. Le 23 décembre 2018, la Conférence des Ministres généraux du Premier Ordre franciscain et du Tiers Ordre régulier a écrit à tous les frères, à tous les frères et sœurs de l’Ordre franciscain séculier et de la jeunesse franciscaine, à l’occasion du 40e anniversaire de la promulgation de la Règle de l’OFS[51]. À propos de l’attention réciproque (reciproca custodia), nous lisons dans un passage de la lettre que « la collaboration et la communion entre les membres de la Famille Franciscaine, aujourd’hui plus que jamais, doit se manifester dans une attention (custodia) réciproque (cf. Gn 4,9) et un enrichissement mutuel. […] D’un côté, en effet, l’Église a confié aux frères du Premier Ordre et du TOR l’assistance spirituelle et pastorale de l’OFS, comme le rappelle la Règle : « en signe concret de communion et de coresponsabilité, les Conseils, aux différents niveaux, conformément aux Constitutions, rechercheront des religieux capables et préparés, pour l’assistance spirituelle. Ils s’adresseront pour cela aux Supérieurs des quatre familles religieuses franciscaines, avec lesquelles, est liée, depuis des siècles, la Fraternité séculière » (Règle OFS ch. III, 26). De l’autre côté, ceux qui appartiennent à l’OFS sont appelés à manifester le caractère séculaire du charisme franciscain, qui caractérise leur spiritualité et leur vie apostolique, et ainsi, vivant pleinement leur appel spécifique, ils garderont à leur tour par la prière et l’action la vocation des frères dont ils partagent le charisme »[52].

« Nous souvenant de la promesse de saint François à sainte Claire et aux sœurs pauvres de Saint Damien, nous devons toujours avoir un soin affectueux et une sollicitude spéciale pour nos Sœurs du Second Ordre qui, dans la vie contemplative, offrent chaque jour le sacrifice de louange, cherchent l’union à Dieu dans la solitude et le silence, et font grandir l’Église par une discrète fécondité apostolique » (Const. 101,3). Claire d’Assise a écrivait en effet dans son Testament : « poussé à la pitié à notre égard, il [François] s’obligea vis-à-vis de nous, par lui et par sa religion, à avoir toujours les mêmes soins affectueux et sollicitude spéciale pour nous que pour ses frères »[53].

Il faut également souligner que « la Fraternité Séculière, appelée aussi Ordre Franciscain Séculier, tient une place spéciale dans l’ensemble de la Famille franciscaine : elle en partage et promeut l’authentique esprit et est nécessaire à la plénitude du charisme franciscain » (Const. 102,1). Le charisme commun garantit que la prise en charge spirituelle et pastorale de l’OFS est confiée au Premier Ordre franciscain et au Tiers Ordre régulier (Const. 102,3).

La vie des frères dans le monde

« Saint François comprit que l’Église était née en tant que communauté et pour cette raison, il était profondément convaincu que l’Évangile continuerait à grandir dans le monde par la fraternité. Il envoya donc ses frères deux par deux proclamer pénitence et paix (cf. 1C 29, EVT 499-500 ; 1C 30, EVT 500-501 ; etc. ; cf. Mc 6,7 ; Lc 10,1). François se considérait lui-même comme un frère, ce qui détermina sa manière de servir et d’annoncer l’Évangile. [...] « Je veux que cette fraternité soit appelée l’Ordre des Frères mineurs ! » (1C 38, EVT 512). C’est précisément la minorité qui a fait de la fraternité franciscaine primitive une force évangélique si puissante dans le monde »[54]. Sa conversion à la fraternité minoritique commença par la connaissance de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. D’elle il apprit cette « sagesse qui nous a été révélée dans l’épître aux Éphésiens « le Christ ... est notre paix ... il nous a réconciliés avec Dieu ... par sa croix il a détruit ce qui nous séparait » (cf. Ep 2,14-16). La paix et la réconciliation sont des éléments fondamentaux de l’apostolat de saint François. Dans son Testament, il affirme en effet que c’est le Seigneur lui-même qui lui a révélé les paroles de salutation qui le caractérisaient : « que le Seigneur te donne la paix ». François a chanté et prié la paix et le pardon aussi par ces mots : « loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent pour ton amour ... Heureux ceux qui se tiendront en paix, car par Toi, le Très-Haut, ils seront couronnés ». Saint François a acquis cette passion et cet amour pour la paix et la réconciliation à partir de son expérience de la violence et de la division familiale, sociale et civique à Assise et dans l’Italie du XIIIe siècle. La croix lui a révélé une alternative. Chez François, l’esprit de vengeance est devenu réconciliation. La violence diffuse et aveugle qui affecte de bien des manières le monde entier aujourd’hui doit éveiller en nous la même passion pour la paix et la réconciliation. Le Christ est notre paix ! […] François a contemplé le Christ dans son prochain, François a contemplé le Christ sur la croix de San Damiano, et à partir de cette source de sagesse, François a transmis aux citoyens d’Arezzo, de Damiette, d’Assise, de Borgo San Sepolcro, l’amour qui réconcilie. Le cœur désarmé de François a inspiré dans son monde la paix créative et réconciliatrice »[55]. Son expérience l’a amené à dire : « sont vraiment pacifiques, ceux qui, en tout ce qu’ils souffrent dans ce siècle, à cause de l’amour de notre Seigneur Jésus Christ, conservent la paix dans l’esprit et le corps » (Adm 15, EVT 291). La paix a fait de François et de ses frères des hommes de réconciliation[56], envoyés dans le monde pour « soigner les blessures, réduire les fractures, rappeler les égarés »[57]. Dans la Légende de Pérouse et dans les Fioretti, on trouve quelques épisodes où l’on peut relever qu’ « une caractéristique notable est la grande diversité des outils utilisés pour la réconciliation elle-même : pour rétablir la paix à Montecasale et réconcilier les voleurs, les frères préparent un repas avec du pain abondant et du bon vin (Fioretti 26, D.V. 1129-1133 ) ; pour libérer Arezzo des démons de la haine et de la guerre, François envoie le saint prédicateur Silvestre (LP 81 = Compilation d’Assise : CA  108, EVT 1381-1382) ; l’ajout d’une nouvelle strophe au « Cantique des créatures » réconcilie l’évêque et le Podestà d’Assise (CA 84 [LP 44], EVT 1320-1323). En lisant ces belles histoires, je me suis souvent demandé comment François en était venu à choisir ces « outils » de réconciliation : le pain et le vin à Montecasale, Silvestre à Arezzo, un chant à Assise. « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). François a eu l’intuition évangélique de chercher les signes de la rédemption précisément là où l’absence en était la plus évidente ! L’injustice dans notre monde est rarement éliminée par de grands gestes isolés. Le Cardinal Arns disait que « les événements importants de l’histoire sont les mille actions humbles qui guérissent et réconcilient ». François alla chez le Sultan. Cependant, ses efforts les plus créatifs pour changer la société de son temps se trouvent dans les « actions humbles qui guérissent et réconcilient » qu’il opéra en Ombrie et dans la vallée de Rieti. « La Sagesse… se laisse trouver par celui qui la cherche… il la trouvera assise à sa porte » (Sg 6, 12-14). Le Saint-Esprit travaille et change le monde. Ce doit être un don spécial des franciscains, en particulier de ceux qui désirent passionnément changer les structures de notre société, de découvrir les nouveaux et dynamiques instruments de justice et de réconciliation qui se manifestent continuellement dans le monde. Cela exige une vision contemplative de la foi. Comme François, commençons par découvrir les forces d’espérance qui sont présentes juste à notre porte ! […] Le premier changement à rechercher est celui de notre cœur et de nos fraternités. Nos fraternités sont appelées à être « un point de repère cordial et accessible » pour ceux qui ont soif de justice et d’authentique fraternité dans le monde »[58]. Dans le charisme franciscain, l’accueil se complète avec la dimension missionnaire qui est l’amour préférentiel de Dieu pour l’humanité »[59].

« Le chapitre 13 de l’Évangile de Jean est devenu le modèle définitif que François a proposé à ses frères, un modèle qui dit non seulement comment ils doivent se traiter les uns les autres, mais aussi comment ils doivent se comporter par rapport au monde, c’est-à-dire en tant que frères mineurs. La renonciation au pouvoir de François au pouvoir est, à tous égards, aussi radicale que sa renonciation à la propriété. […] Nous vivons en Frères Mineurs lorsque nous nous mettons au service de l’humanité en essayant de rassembler le monde dans une fraternité universelle. […] L’Ordre des Capucins est l’un des rares instituts religieux à être présents dans le monde entier. Ce don de l’universalité, dont le Saint-Esprit a fait une caractéristique privilégiée de l’Ordre à l’époque moderne, nous offre l’expérience d’une gamme très variée de défis évangéliques. En même temps, ce don d’universalité porte avec lui la responsabilité particulière de formuler des réponses évangéliques en paroles et en actes, réponses qui soient cohérentes avec notre charisme »[60].

La minorité et la vie fraternelle sont notre réponse évangélique aux questions de l’homme[61]. Elle s’exprime également dans la volonté de dialogue avec le monde contemporain. « Cette forme de vie en fraternité constitue un défi et une proposition dans le monde actuel, souvent « déchiré par la haine ethnique ou la folie homicide », parcouru par des passions et des intérêts opposés, souhaitant l’unité, mais incertain « sur les voies à prendre » (cf. Vita consecrata, no 51). Vivre la fraternité en véritables disciples de Jésus peut constituer une « bénédiction » particulière pour l’Eglise et une « thérapie spirituelle » pour l’humanité (cf. Vita Consecrata no 87)[62]. Ceux qui dialoguent se mettent en effet dans une attitude de disciple et donc de minorité. Le Pape François écrit : « pensons à l’épisode des disciples d’Emmaüs. Il faut savoir entrer en dialogue avec les hommes et les femmes d’aujourd'hui, pour en comprendre les attentes, les doutes, les espoirs, et leur proposer l’Évangile, c’est-à-dire Jésus Christ, Dieu fait homme, mort et ressuscité pour nous libérer du péché et de la mort. Le défi nécessite profondeur, attention à la vie, sensibilité spirituelle. Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues »[63].

Vision franciscaine du monde

« L’amour fraternel ne peut être que gratuit, il ne peut jamais être une rétribution pour ce qu’un autre réalise, ni une avance pour ce que nous espérons qu’il fera. C’est pourquoi, il est possible d’aimer les ennemis. Cette même gratuité nous amène à aimer et à accepter le vent, le soleil ou les nuages, bien qu’ils ne se soumettent pas à notre contrôle. Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une fraternité universelle »[64]. Le rapport à la création est vécu dans la dimension théologique de la fraternité : « saint François exultait de joie en contemplant le monde créé et racheté et se sentait uni par un lien fraternel non seulement avec les hommes mais aussi avec toutes les créatures qu’il a chantées avec enthousiasme dans le Cantique de frère Soleil » (Const. 105,1). La création est donc fraternellement liée à l’humanité[65] et peut en bénéficier ou en être lésée. Le Pape François écrit que « les blessures infligées à l’environnement, sont inexorablement des blessures infligées à l’humanité sans défense. J’écrivais dans l’encyclique Laudato si’ : « il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau. Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate » […]. N’oubliez pas que justice sociale et écologie sont profondément interconnectées ! »[66]

Saisir la dimension d’interdépendance des multiples réalités créées conduit à porter un regard contemplatif sur le monde. Admirant les œuvres de la création, dont le Christ est le commencement et la fin (cf. Const. 105,2), le cœur s’ouvre à la louange du Dieu Très-Haut qui est beauté, gardien et défenseur, « notre vie éternelle, grand et admirable Seigneur, Dieu tout-puissant, miséricordieux Sauveur (LD 16-17, EVT 104)».

Conclusions

Ce chapitre des Constitutions nous montre toute la beauté d’une vie évangélique fraternelle et minoritique. Il semble approprié, en guise de conclusion, de réentendre les paroles du ministre général fr. Roberto Genuin, qui écrivait dans sa première lettre circulaire : « puisque nous sommes vraiment sûrs que le Seigneur ne reste pas inerte en simple spectateur de nos efforts et de nos échecs, qu’il ne se présente pas en simple modèle à imiter, mais qu’il est chaque jour à nos côtés et que c’est lui qui fait de nous ce qu’il désire, nous pouvons toujours entreprendre ou reprendre avec confiance, le chemin : il y a devant nous un bel et bon bout de chemin à parcourir, nous sommes tous conscients et unis sur les valeurs qui qualifient notre identité charismatique, nous voulons nous engager à les incarner avec une plus grande authenticité, et le Seigneur saura nous guider avec fidélité et efficacité »[67].

 

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* Les abréviations des écrits de saint François et de ses premières biographies sont données selon la manière de Jacques Dalarun (dir.), François d’Assise, Ecrits, Vies, témoignages, Paris 2010 ; les références sont données par la suite dans le même ouvrage sous l’abréviation « EVT » (NdT).

[1] Par exemple, le no 88,6 renvoie à 1Reg 1,1 ; 6,3 ; 2Reg 1,1 ; 2,1.7 ; 12,1 ; Test 14 ; le no 89,2 renvoie à 1Reg 18,1 ; Test 14 ; 2LFid 43 ; LMin 17; le n° 89,3 renvoie à 1Reg 4,4 ; 6,2 ; 19,1 ; 11,6.9 ; 9,10 ; 14,6; Adm 3,5-6 ; 12 ; 14 ; LMin 17 ; SalV 12 ; le no 90,1 renvoie à 1Reg 6,3 ; 22,33 ; Test ; le no 90,2 renvoie à 1Reg 4 ; 6,3-4 ; le no 90,3 renvoie à 2Reg 7,2 ; le no 92,1 renvoie à 1Reg 8,10 ; 2Reg 6,9 ; Adm 24 ; le no 92,2 renvoie à 1Reg 9,11 ; 2Reg 6,8 ; le no 92,3 renvoie à 1Reg 10,1s ; 2Reg 6,8-9 ; le no 92,4 renvoie à 1Reg 10 ; le no 93,1-2 renvoie à 1Reg 10,3-4 ; le no 93,3 renvoie à 1Reg 10,3 ; 23,7 ; Adm 5,8 ; le no 95,5 renvoie à 1Reg 7,13s ; le no 97,4 renvoie à 1Reg 15,2 ; 2Reg 3,10-14 ; le no 98,1 renvoie à 1Reg 7,16 ; 2Reg 6,7-8 ; le no 99,4 renvoie à 2Reg 6,7 ; le no 99,5 renvoie à 1Reg 4,2 ; 2Reg 10,1 ; le no 102,6 renvoie à 1Reg 1,1 ; 2LFid 13 ; LOrd 51 ; LLéon 3 ; le no 104 renvoie à 1Reg 9,5 ; le no 105,4 renvoie à 1Reg 23,1-7 ; 2LFid 1-15 ; le no 106,1 renvoie à 1Reg 9,1 ; 16,7-9 ; 1Reg 27 ; LOrd 9 ; le no 106 renvoie à 1Reg 22 ; 1LFid14-19 ; 2LFid 56-60 ; le no 106,3 renvoie à Adm 13-16 ; 18 ; le no 106,4 renvoie à 2Reg 12,4 ; le no 107,1 renvoie à 1Reg 14,2 ; 2Reg 3,13 ; Test 23 ; LChe 1 ; BLéon 2 ; le no 108,1 renvoie à 2Reg 3,10-14 ; le no 108,2 renvoie à 1Reg 7,10-12 ; 8,1-2 ; 22,15s ; 2Reg 10,7 ; le no 108,5 renvoie à 1Reg 17,6 ; 23,1 ; LOrd 1 ; 15 ; LH 11 ; PCru 1 ; PsM 2.

[2] Concernant la Seconde Règle, on rappellera quelques textes : 2Reg 3,10-14 (EVT 263) : « Je conseille, j’avertis et j’exhorte mes frères dans le Seigneur Jésus Christ : quand ils vont par le monde, qu’ils ne se disputent pas, qu’ils ne se querellent pas en paroles et qu’ils ne jugent pas les autres ; mais qu’ils soient doux, pacifiques et modestes, aimables et humbles, parlant honnêtement à tous comme il convient. Et ils ne doivent pas aller à cheval s’ils n’y sont pas contraints par une nécessité manifeste ou par la maladie. En quelque maison qu’ils entrent, qu’ils disent d’abord : « Paix à cette maison ». Et selon le saint Évangile, qu’il leur soit permis de manger de tous les aliments qu’on leur présente. » ; 2Reg 6,7-9 (EVT 266) : « Et partout où sont et où se rencontreront les frères, qu’ils se montrent de la même famille les uns envers les autres. Et qu’avec assurance l’un manifeste à l’autre sa nécessité, car, si une mère nourrit et chérit son fils charnel, avec combien plus d’affection chacun ne doit-il pas chérir et nourrir son frère spirituel ? Et si l’un d’eux tombait malade, les autres frères doivent le servir comme ils voudraient eux-mêmes être servis » ; 2Reg 10,1.7 (EVT 268-269) : « Que les frères qui sont ministres et serviteurs des autres frères visitent et avertissent leurs frères et qu’ils les corrigent humblement et charitablement, ne leur prescrivant rien qui soit contraire à leur âme et à notre Règle. [...] J’avertis et j’exhorte dans le Seigneur Jésus Christ : que les frères se gardent de tout orgueil, vaine gloire, envie, avarice, souci et préoccupation de ce siècle, critique et murmure » ; 2Reg 12,1.4 (EVT 271) : « Si des frères, par inspiration divine, voulaient aller chez les Sarrasins et autres infidèles, qu’ils en demandent la permission à leurs ministres provinciaux […] afin que, toujours soumis et prosternés aux pieds de cette même sainte Église, stables dans la foi catholique, nous observions la pauvreté et l’humilité et le saint Évangile de notre Seigneur Jésus Christ, ce que nous avons fermement promis ».

[3] Parmi les nombreuses études sérieuses sur la Règle, on relèvera en particulier : P. Maranesi – F. Accrocca (dir.), La Regola di frate Francesco. Eredità e sfida [La Règle de frère François. Hérédité et défi], Padova 2012 ; F. Uribe, La Regola di san Francesco. Lettera e spirito [La Règle de saint François. Lettre et esprit], Bologna 2011.

[4] J. Corriveau, Vi mando per il mondo intero affinchè rendiate testimonianza con la parola e con le opere [Je vous envoie par toute la terre afin que vous rendiez témoignage par la parole et par les œuvres], 1996.

[5] M. Jöhri, Ravivons la flamme de notre charisme !  2008, 15.

[6] Perfectae Caritatis, 1 : « Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité. À partir de là se développa providentiellement une admirable variété de communautés religieuses qui contribuèrent beaucoup à ce que l’Église non seulement fût apte à toute bonne œuvre (cf. 2Tm 3,17) et prête pour l’exercice de son ministère en vue de l’édification du Corps du Christ (cf. Ep 4,12), mais encore apparût embellie des dons variés de ses enfants comme une épouse parée pour son époux (cf. Ap 21,2), et que par elle fussent manifestées les ressources multiples de la sagesse de Dieu (cf. Ep 3,10). Dans une telle variété de dons, tous ceux que Dieu appelle à la pratique des conseils évangéliques et qui en font profession, se vouent au Seigneur de façon spéciale en suivant le Christ chaste et pauvre (cf. Mt 8,20 ; Lc 9,58), qui par son obéissance jusqu’à la mort de la croix (cf. Ph 2,8) a racheté les hommes et les a sanctifiés. Poussés dans cette voie par la charité que l’Esprit Saint a répandue dans leurs cœurs (cf. Rm 5, 5), ils vivent toujours davantage pour le Christ et pour son Corps qui est l’Église (cf. Col 1,24). C’est pourquoi, plus fervente est leur union au Christ par cette donation d’eux-mêmes qui embrasse toute leur existence, plus riche devient la vie de l’Église et plus fécond son apostolat ». Cf. aussi Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, La vie fraternelle en communauté, « Congregavit nos in unum Christi amor », 2 février 1994.

[7] Vita Consecrata, 41. Les références au document de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, La vie fraternelle en communauté, « Congregavit nos in unum Christi amor », (2 février 1994) apparaissent nettement.

[8] Frère François annonçant son intention d’écrire la Lettre à tous les fidèles affirme : « ...de vous rapporter, par les présentes lettres et par ce message, les paroles de notre Seigneur Jésus Christ, qui est la parole du Père, et les paroles de l’Esprit saint, qui sont esprit et vie » (2LFid, 3). « ...aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons, glorifions et exaltons au-dessus de tout, magnifions et rendons grâces au très haut et souverain Dieu éternel, Trinité et Unité, Père et Fils et Esprit saint, Créateur de toutes choses, Sauveur de tous ceux qui croient et espèrent en lui et qui l’aiment, lui qui est sans commencement et sans fin, immuable, invisible, inénarrable, ineffable, incompréhensible, insondable, béni, louable, glorieux, exalté au-dessus de tout, sublime, élevé, suave, aimable, délectable, et tout entier par-dessus tout désirable dans les siècles des siècles » (1Reg 23,11). François expérimente la Trinité comme une « inexprimable relation d’amour », qui nous est révélée dans le mystère de l’Incarnation. « Le Père très haut l’envoya du ciel par saint Gabriel, son ange, dans le ventre de la sainte et glorieuse

Vierge Marie ; c’est de son ventre que la Parole reçut la vraie chair de notre humanité et fragilité » (2LFid, 4). Et nous sommes inclus dans cette « inexprimable relation d’amour. « Oh ! Comme il est glorieux et saint et grand d’avoir un Père dans les cieux ! Oh ! Comme il est saint, consolant, beau et admirable d’avoir un époux ! Oh ! Comme il est saint et comme il est cher, bien plaisant, humble, pacifique, doux et aimable et par-dessus tout désirable d’avoir un tel frère » (2LFid, 54-56).

[9] J. Corriveau, L’image de sa divinité, 2006, 2.

[10] J. Corriveau, Fraternité évangélique dans un monde en mutation, 2002, 1 : « avant le second concile du Vatican, l’Église se définissait comme une société parfaite capable de conduire les âmes à Dieu (cf., par exemple, l’encyclique de Pie XI, Mortalium Animos, du 6 janvier 1928 : « Le Christ, Notre Seigneur, a constitué son Église comme une société parfaite [...] qui a le devoir de réaliser [...] la tâche du salut du genre humain »). À partir de cette perspective théologique et dans le cadre canonique du temps, l’Ordre des capucins était considéré comme un institut clérical engagé au salut des âmes puisque c’était spécialement par les ministères cléricaux dont il se chargeait que l’Ordre remplissait son mandat ecclésial ».

[11] J. Corriveau, Fraternité évangélique dans un monde en mutation, 2002, 1.

[12] Cf. Pietro Maranesi, Il Sogno di Francesco. Rilettura storico-tematica della Regola dei Frati Minori alla ricerca della sua attualità, Assise 2011.

[13] M. Jöhri, Identité et appartenance des Frères Mineurs Capucins, 2014, 1.

[14] La vie fraternelle en minorité est notre manière spécifique de contribuer à l’annonce de l’évangile et à la mission : « cette vie fraternelle, ferment de communion ecclésiale, est signe prophétique de lunité définitive du peuple de Dieu et constitue un témoignage essentiel pour la mission apostolique de lÉglise» (Const. 88, 4).

[15] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 14 avril 2019.

[16] « Cependant, il faut se rappeler que ces mots ne suffiront guère à nous apprendre la manière efficace d’être frères au sens évangélique, si nous ne nous tenons pas constamment devant un modèle convaincant et presque visuel auquel nous inspirer ; sans cela, nous retomberons inévitablement dans des manières humaines de faire fraternité. Et ce modèle, c’est le Christ, qui « Premier-né d’une multitude de frères, fait de tous les hommes une véritable fraternité » (T. Ricci (dir.), Il “patrimonio spirituale” delle costituzioni dei frati minori cappuccini, [le « patrimoine spirituel » des constitutions des frères mineurs capucins], Curia generale OFMCap, Rome 1991, 84-85).

[17] Cf. AA.VV., Francesco d’Assisi e il primo secolo di storia francescana [François d’Assise et le premier siècle d’histoire franciscaine], Biblioteca Einaudi, Torino 1997 ; L. Pellegrini, Frate Francesco e i suoi agiografi [Frère François et ses hagiographes], Edizioni Porziuncola, Assisi 2004 ; P. Maranesi, La relazione tra fratelli [La relation entre frères], in P. Maranesi – F. Accrocca (dir.), La regola di frate Francesco. Eredità e sfida, Editrici Francescane, Padova 2012, 507-549 ; F. Accrocca, L’identità complessa. Percorsi francescani fra Due e Trecento [L’identité complexe. Parcours franciscains entre XIIIe et XIVe siècles], Centro Studi Antoniani, Padova 2014.

[18] Le 18 septembre 1996 le Saint-Père Jean-Paul II écrivait ainsi : « Les capucins sont dotés d’une riche tradition de vie consacrée laïque, qui a marqué leur existence et leur apostolat depuis les origines. Je pense à ce long cortège de « frères laïcs » qui brille encore aujourd’hui comme de brillants exemples de sainteté et de magnifiques modèles du style particulier franciscain, fait de témoignage au quotidien de l’Évangile et partageant la vie des gens humbles et simples. Je voudrais avant tout rappeler, à cet égard, Félix de Cantalice, qui a su apporter par les rues de la Ville éternelle le levain de la charité évangélique, en se rapprochant avec le même esprit de simplicité et de minorité aussi bien des gens du peuple et des pauvres, que des hauts dignitaires civils et ecclésiastiques, qui recherchaient sa compagnie et recouraient volontiers à ses conseils éclairés. Que dire ensuite des miracles de grâce opérés dans le Peuple de Dieu par Séraphin de Montegranaro, Ignace de Làconi, François-Marie de Camporosso, Conrad de Parzham et par de tant d’autres frères qui, dans leur engagement de quêteur, au service de la porterie, ou dans l’entretien de l’église et du couvent, ont su exprimer l’amour du Christ puisé dans l’intimité de longues heures passées en oraison et en prière. Dans l’Exhortation Apostolique Post-Synodale Vita consecrata j’ai souligné les caractéristiques fondamentales de la spiritualité de la vie consacrée laïque et sa pertinence pour notre temps (cf. Vita consecrata  no 60). Dans le même document, j’ai rappelé qu’il existe au sein de l’Église des instituts religieux dits « mixtes », « qui, dans le projet initial du fondateur, se présentaient comme des fraternités dans lesquelles tous les membres, prêtres et non-prêtres, étaient considérés comme égaux » (cf. Vita consecrata  no 61). On sait comment François d’Assise, décrivant dans le Testament les débuts de son expérience spirituelle et celle de ses premiers compagnons, souligne précisément l’aspect de la fraternité : « Et après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint Évangile » (Test., 14). Cet Ordre religieux constitue donc une fraternité, composée de clercs et de laïcs partageant la même vocation religieuse selon le charisme franciscain et capucin, décrit dans ses traits essentiels par sa propre législation approuvée par l’Église (cf. Const., 4) ».

Fr. John Corriveau en 1997 dans Fraternità evangelica [Fraternité évangélique], soulignait, en reprenant la réponse du Saint-Père : « Le Pape Jean-Paul II reconnaît ce développement important advenu dans notre fraternité internationale dans sa lettre datée du 18 septembre 1996. Il fait dans cette dernière une déclaration exceptionnellement significative au sujet de la nature et la mission de notre Ordre dans l’Église : « Cet Ordre religieux constitue donc une fraternité, composée de clercs et de laïcs partageant la même vocation religieuse selon le charisme franciscain et capucin, décrit dans ses traits essentiels par sa propre législation approuvée par l’Église ».

Le contenu et l’importance de cette affirmation apparaissent encore davantage quand nous considérons le contexte des propos du Pape. Il les situe lui-même dans le contexte de l’Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata. L’Exhortation apostolique affirme que « par sa nature, la vie consacrée n’est ni laïque ni cléricale » (no 60). Elle définit ensuite trois types différents d’instituts de vie consacrée : « les instituts laïques... ont un caractère et une finalité qui ne comportent pas l’exercice de l’Ordre sacré » (no 60) ; « les instituts cléricaux... prévoient l’exercice de l’Ordre sacré... dans ces Instituts, le ministère sacré est constitutif du charisme lui-même et il en détermine la nature, la fin et l’esprit » (no 60) ; « les instituts mixtes... se présentaient comme des fraternités dans lesquelles tous les membres, prêtres et non-prêtres, étaient considérés comme égaux » (no 61). L’Exhortation indique clairement que la vie fraternelle est commune à tous les instituts de vie consacrée (cf. no 42, et aussi La vie fraternelle en communauté, no 59b). Ce qui distingue les instituts mixtes des instituts cléricaux ou laïques, c’est l’objectif de la fraternité. Dans les deux autres types d’instituts, la fraternité a comme but premier le soutien matériel, humain et spirituel des membres dans leur ministère. L’objectif fondamental de tels instituts réside donc ailleurs, par exemple dans le ministère sacré qui confère à l’institut leur « nature, fin et esprit». Un institut mixte en revanche existe dans l’objectif de la fraternité qui détermine la nature et l’esprit de sa présence et de son service dans l’Église et dans le monde [...]. Le défi de créer une fraternité évangélique implique la reconsidération du ministère comme service rendu par notre fraternité à l’Église et au monde. Ceci indique que les services qui requièrent la collaboration de plusieurs membres de notre fraternité doivent avoir la priorité sur ceux qui sont des expressions individuelles. La variété des dons de grâce et de nature devrait opérer ensemble pour le bien commun. Une excellente étude historique, présentée lors du Congrès sur la vocation capucine dans ses expressions laïques, suggère que la cléricalisation de l’Ordre commence quand les dons de nos frères laïques sont limités au seul service de la fraternité en tant que telle. Coupés du contact ministériel avec les gens, il leur fut aussi interdit d’accéder à l’instruction. Le résultat en a été justement la cléricalisation de notre Ordre, un processus par lequel celui-ci s’est mis à définir ses propres objectifs toujours plus en termes de ministères cléricaux. Un tel phénomène a privé notre action évangélique des charismes et des dons d’une part considérable et essentielle de la fraternité. Les signes des temps suggèrent qu’un tel processus doit être changé ; et ceci sans minimiser parmi nous les ministères cléricaux, mais en encourageant l’expression de tous les dons de nos frères laïcs » (J. Corriveau, Fraternità evangelica, 1997).

[19] Le ministre général fr. Flavio Roberto Carraro avait écrit en 1985 dans la lettre circulaire Fratelli per vocazione [Frères par vocation] : « S. François n’a pas fondé un Ordre de clercs, mais une fraternité composée de clercs et de non-clercs avec des droits et des devoirs équivalents, égaux comme frères, à part en ce qui concerne les ordres sacrés ». Le ministre général fr. John Corriveau en 1995 dans la Lettre circulaire no 6, écrivait : « les frères sont égaux, mais ils ne sont pas identiques ! Les frères clercs et les frères laïcs ont la même vocation religieuse, mais leurs différentes manières d’être dans l’Église et dans la société signifient qu’ils ont différentes expériences dans la façon de vivre la même vocation. Chaque expérience contribue à enrichir d’une manière particulière notre commune vocation. Il suffit de penser à la contribution qu’a apportée à notre spiritualité un saint Laurent de Brindes ou un bienheureux Diégo-Joseph de Cadix, et à celle qu’a apportée un saint Félix de Cantalice ou un saint Conrad de Parzham » (no 3,1). Il ajoutait encore dans le même document : « traditionnellement, dans l’Ordre, les frères clercs ont été prédicateurs et confesseurs, les frères laïcs quêteurs, portiers, en charge des travaux ménagers, etc. L’Ordre apprécie grandement les services de prédicateur et de confesseur. Toutefois, la figure actuelle du prêtre capucin est loin de se limiter à ces formes traditionnelles d’apostolat. L’évolution n’est pas due à une nouvelle « définition » du prêtre capucin. Elle provient plutôt d’une réponse aux nécessités de l’Église et de la société. Au lieu de « définir » ce qui serait la forme spécifique de notre apostolat, nos Constitutions font ressortir les relations qui existent entre différentes formes d’apostolat et nos valeurs essentielles comme la fraternité, la pauvreté, la minorité, etc. Et tout comme l’Ordre continue à apprécier la « figure traditionnelle » des frères prêtres même s’ils exercent aujourd’hui de nouvelles formes d’apostolat, de même l’Ordre apprécie et continuera à considérer comme un trésor la « figure traditionnelle » de nos frères laïcs même si leur rôle dans l’Église et dans la société évolue. Nous sommes conscients que les nécessités de l’Église et de la société poussent à une telle évolution pour que nos frères laïcs soient dans le monde d’aujourd'hui porteurs de l’amour évangélique. Tout cela requiert que l’Ordre encourage les frères laïcs à renouveler leur mode de présence dans la société et dans l’Église, en dépassant le schéma traditionnel. Un tel développement est déjà en cours. Toutefois, il requiert dialogue et réflexion. Comme dans les provinces il n’y a habituellement qu’un petit nombre de frères laïcs, il est pour eux très difficile de repenser d’une façon approfondie la transformation de leur rôle dans l’Église et la société. [...] Le charisme fondamental de notre Ordre est la fraternité. L’égalité et l’unité des frères clercs et des frères laïcs sont des conséquences de ce charisme. Notre Ordre a donc une responsabilité particulière d’offrir à l’Église des modèles tant de laïcs que de clercs ».

Le ministre général fr. Mauro Jöhri écrivait quant à lui que « voilà des années que nous demandons et que nous insistons auprès du Saint-Siège afin que l’on nous concède la grâce de vivre ce que saint François a prévu dans la Règle, c’est-à-dire que tous les membres de notre Ordre puissent être élus ou nommés à tous les services et charges prévus par nos Constitutions » (M. Jöhri, L’indispensable don des frères laïcs pour notre Ordre, 2015, 5). Comme on le lit dans le chapitre 7 de la deuxième Règle : « que ces ministres, s’ils sont prêtres, leur enjoignent avec miséricorde une pénitence ; s’ils ne sont pas prêtres, qu’ils la fassent enjoindre par d’autres, prêtres de l’Ordre, comme il leur semblera le plus expédient selon Dieu ». Le thème de l’identité fraternelle minoritique constitue le précieux héritage de saint François : « quiconque choisit notre vie choisit en premier lieu de devenir frère mineur. C’est le choix de base, en amont de toute spécialisation ultérieure. Il n’y a pas de catégories de frères dans l’Ordre fondé par saint François : il n’y a que des frères et chacun y est frère. Il s’ensuit que la vie fraternelle et la capacité d’entrer en relation avec tous indistinctement doit avoir la priorité dans notre cheminement quotidien. Mes prédécesseurs ont écrit des pages substantielles sur ce sujet et les CPO (cf. I, 20-22 ; II, 22 ; IV, 14.22 ; VII, 7) ont plusieurs fois et à juste titre souligné cet aspect » (M. Jöhri, Ravivons la flamme de notre charisme ! 2008, 15). En 2015, ce même ministre général écrivait : « je tiens également à réitérer les insistances de mes deux prédécesseurs, fr. Flavio Roberto Carraro (1982-1994) et fr. John Corriveau (1994-2006) sur le sujet. Ils n’ont perdu aucune occasion de présenter notre requête aux autorités compétentes. La même chose doit être dite aussi des chapitres précédents. La même question est partagée par les autres familles franciscaines (OFM, OFM CONV, TOR) ; nous nous sommes adressés au Saint Père afin d’obtenir cette grâce. Les Ordres monastiques s’orientent aussi dans la même direction. J’ai eu l’occasion d’en parler directement au Pape Benoît XVI ainsi qu’au Pape François ; j’ai soumis notre demande aux responsables de la Congrégation pour la Vie Consacrée et la question a été soulevée à plusieurs reprises lors des assemblées de l’Union des Supérieurs Généraux » (M. Jöhri, L’indispensable don des frères laïcs pour notre Ordre, 2015, 5).

[20] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 2019, 39-40.

[21] Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte, 43.

[22] Pape François, Homélie du 2 février 2016.

[23] Jean-Paul II, Vita Consacrata, 92.

[24] Le Saint-Père François à la Rencontre avec les participants du jubilé de la Vie Consacrée, le 1er février 2016, disait : « Je sais que dans vos communautés, l’on ne verse pas dans les commérages, jamais, jamais ! … Une façon de s’éloigner des frères et des sœurs de la communauté est justement celle-ci : le terrorisme des commérages. Comprenez bien : non pas les commérages mais le terrorisme des commérages. Car celui qui colporte les rumeurs est un terroriste. C’est un terroriste dans sa propre communauté, car il jette comme une bombe ses paroles contre telle personne ou telle autre, et puis il s’en va tranquillement. Cela détruit ! Celui qui fait cela détruit, comme une bombe, et lui s’éloigne. L’apôtre Jacques disait que la vertu de savoir tenir sa langue était sans doute la vertu la plus humaine et la plus difficile à avoir. S’il te prend l’envie de dire quelque chose contre un frère ou une sœur, de jeter une bombe de commérage, mords-toi la langue ! Fort ! Non au terrorisme dans les communautés ! « Mais, mon Père, s’il y a quelque chose, un défaut, quelque chose à corriger ? ». Tu le dis à la personne : tu as ce comportement qui me dérange, ou qui ne va pas. Ou si ce n’est pas opportun – car parfois ce n’est pas prudent – tu le dis à la personne qui peut y remédier, qui peut résoudre le problème et à personne d’autre. C’est compris ? Les commérages ne servent à rien. « Mais en chapitre ? ». Là, oui ! En public, tu peux dire tout ce que tu veux ; car il existe une tentation de ne pas dire les choses en chapitre, et ensuite à l’extérieur : « As-tu vu la prieure ? As-tu vu l’abbesse ? As-tu vu le supérieur ? …». Mais pourquoi ne pas l’avoir dit en chapitre ? … Est-ce clair ? Ce sont les vertus de proximité. Et les saints avaient cela, les saints consacrés les avaient ».

[25] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 2019, 38.

[26] Sur les dynamiques du chapitre local, consulter : G. Salonia, Kairos, EDB, Bologna 1994 ; Veith V., Il Capitolo locale, EDB, Bologna 1993 [Veith V., Le Chapitre local, « Cahiers de Spiritualité Capucine n°5 », APEF 1996, 88p.]. Ces textes offrent une bibliographie ultérieure pour d’éventuels approfondissements.

[27] Cf. Salonia G., Odos. La via della vita. Genesi e guarigione dei legami fraterni [Odos. Le chemin de la vie. Genèse et guérison des liens fraternels], EDB, Bologna 2007.

[28] J. Corriveau, Fraternità evangelica, 1997.

[29] G. Salonia, Sulla felicità e dintorni. Tra corpo, parola e tempo. Il pozzo di Giacobbe [Sur le bonheur et ses alentours. Entre corps, parole et temps. Le puits de Jacob], 2011.

[30] Pape François, Homélie du 2 février 2014.

[31] Pape François, Homélie du 2 février 2015 .

[32] G. Salonia, Odos. La via della vita. Genesi e guarigione dei legami fraterni, 165.

[33] Jean-Paul II, Vita Consacrata, 109.

[34] Pape François, Evangelii Gaudium, 92.

[35] Ecrivant aux Pauvrettes, il affirme ainsi : « celles qui sont accablées de maladies et les autres qui par elles sont fatiguées, toutes soutenez cela dans la paix » : Ecoutez, pauvrettes (EP 9-11, EVT 179).

[36] L’attention aux infirmes apparaît plus sobrement dans la 2Reg : « et si l’un d’eux tombait malade, les autres frères doivent le servir comme ils voudraient eux-mêmes être servis » (2Reg 6, EVT 266).

[37] Cf. également « en temps de nécessité manifeste, que les frères ne soient pas tenus au jeûne corporel » (2Reg 3, EVT 263).

[38] En (2Reg 4, EVT 264) le même concept est encore affirmé : « j’interdis fermement à tous les frères de recevoir, en aucune manière, des deniers ou de l’argent, par eux-mêmes ou par personne interposée. Toutefois, pour les nécessités des malades et pour vêtir les autres frères, que les ministres seulement et les custodes, par l’intermédiaire d’amis spirituels, en prennent grand soin selon les lieux, les temps et les régions froides, comme il leur paraîtra expédient pour la nécessité ».

[39] « Bienheureux l’homme qui soutient son prochain selon sa fragilité autant qu’il voudrait être soutenu par lui s’il était dans un cas semblable » (Adm 18,1, EVT 292).

[40] Dans la paraphrase du Notre Père, la communion avec les hommes se transforme en « compatir à leurs maux » Exposition du « Notre Père : (Pat 5, EVT 117). Pour une lecture théologico-spirituelle de la seconde Règle, cf. T. Matura, « Lettura spirituale della Regula Bullata Fratrum Minorum » [Lecture spirituelle de la Regula Bullata Fratrum Minorum], Italia Francescana 84 (2009) 1, 67-87.

[41] Cf. M. Scala, « La misericordia nell’esperienza cristiana di Francesco d’Assisi secondo gli Scritti » [La miséricorde dans l’expérience chrétienne de François d’Assise selon les Ecrits], Italia Francescana 91 (2016) 3, 439-448.

[42] Cf. D. Dozzi, « La Regola di San Francesco tra Vangelo e vita » [La Règle de saint François entre Evangile et vie], Italia Francescana 84 (2009) 1, 49-66.

[43] Pape François, Rencontre du Pape François avec les participants au jubilé de la vie consacrée, 1er février 2016.

[44] Pape François, Message du Pape François pour la XLVIIIème journée mondiale des communications sociales, 24 janvier 2014.

[45] Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, La vie fraternelle en communauté. « Congregavit nos in unum amor » (2 février 1994), 34 : « l’impact considérable des mass media sur la vie et la mentalité de nos contemporains affecte également les communautés religieuses et conditionne souvent leur communication interne. La communauté consciente de leur influence s’éduque à les utiliser pour la croissance personnelle et communautaire avec la clarté évangélique et la liberté intérieure de quiconque a appris à connaître le Christ (cf. Ga 4,17-23). Ces media, en effet, proposent et souvent imposent une mentalité et un modèle de vie qui doivent être continuellement confrontés avec l’Evangile. Aussi réclame-t-on de bien des côtés une formation approfondie à la réception et à l’usage critique et fécond des media. Pourquoi ne pas en faire un objet d’évaluation, de vérification, de programmation lors des rencontres communautaires périodiques ? […] Un juste équilibre s’impose : l’usage modéré et prudent des moyens de communication, accompagné du discernement communautaire, peut aider la communauté à mieux connaître la complexité du monde de la culture ; il peut permettre une réception confrontée et critique ; il peut enfin aider à mettre en valeur l’impact de ces moyens de communication en vue des divers ministères de l’Évangile ».

[46] Cf. J. Corriveau, La fraternità evangelica in un mondo che cambia. Identià, Missione, animazione [La fraternité évangélique dans un monde qui change. Identité, Mission, animation], 2002. Dans un passage il y est écrit : « Le baptême – et sa mise en œuvre particulière dans les liens de la fraternité franciscaine – façonne une solidarité, une unité et une dépendance mutuelle plus fortes et plus efficaces que tout lien ethnique. L’eau est plus forte que le sang ! Cela exige une profonde conversion. La conversion qui jaillit du baptême et de la conversion à la fraternité franciscaine doit s’exprimer dans la décision d’agir différemment et de donner une expression concrète au propos de la Règle : « si une mère nourrit et chérit son fils charnel, avec combien plus d’affection chacun ne doit-il pas chérir et nourrir son frère spirituel ? » (2Reg 6, 8)

[47] A Fatima, du 1er au 5 décembre 2014, le Conseil Général, les ministres provinciaux, les custodes et les délégués de l’Europe, ainsi que les présidents des Conférences de notre Ordre, se sont réunis pour « parler de l’Europe ». Suite à cette assemblée, le ministre général de l’époque Frère Mauro Jöhri a envoyé la lettre Fraternités pour l’Europe : réflexions et indications après la rencontre de Fatima, partageant quelques impressions. À celles-ci il a ajouté une proposition pour poursuivre le chemin : « la collaboration du personnel lancé dans certaines provinces européennes n’a pas résolu les problèmes existants et n’a pas été en mesure de générer une nouvelle vie. Nous voulons tenter un nouveau chemin, en créant des fraternités interculturelles, qui à la lumière de l’Évangile et de nos Constitutions vivent la prière, la vie fraternelle et la mission de façon authentique et cohérente. La ressource de l’interculturalité sera le témoignage que des frères de différentes cultures, qui regardent vers le Christ présent au milieu d’eux, peuvent vivre, se donner et travailler ensemble. Nous sommes convaincus que le charisme de François d’Assise, vécu et témoigné a encore beaucoup à dire et à communiquer aux hommes et aux femmes de notre temps. Nous ne savons pas encore quel sera le résultat de ce parcours ; mais pleins d’espérance nous voulons commencer à faire les premiers pas ».

[48] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 2019, 33-34. Il dit encore dans la même lettre : « Vu les résultats positifs et l’orientation du chapitre, le conseil général entend vérifier ultérieurement la possibilité de créer, en Amérique aussi, quelques fraternités interculturelles, comme le « Projet de fraternités pour l’Europe ». De fait, nous croyons qu’il peut s’agir d’un outil valable pour redonner aussi de la vigueur à d’autres circonscriptions en dehors des limites territoriales de l’ancien continent. Alors, pour dépasser la désignation géographique et prendre comme référence cette année jubilaire dédiée à saint Laurent de Brindes – un homme qui a su conjuguer merveilleusement prière prolongée, préparation culturelle et engagement infatigable pour implanter efficacement et faire progresser à profusion l’Ordre – on a pensé d’appeler désormais le projet, non plus « Fraternités pour l’Europe », mais « Fraternités saint Laurent de Brindes ».

[49] M. Jöhri, Fraternité pour l’Europe : réflexions et indications après la rencontre de Fatima, 2015.

[50] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 2019, 30.

[51] Le Pape Paul VI approuva la Règle rénovée de l’Ordre Franciscain Séculier le 24 juin 1978, par la lettre apostolique Seraphichus Patriarcha.

[52] La Conférence des ministres généraux du Premier Ordre franciscain et du Tiers-Ordre régulier a écrit à tous les frères et aux frères et sœurs de l’Ordre Franciscain Séculier et de la Jeunesse Franciscaine à l’occasion du 40e anniversaire de la promulgation de la Règle OFS, le 23 décembre 2018.

[53] Testament de sainte Claire, 29, J. Dalarun (dir.), Claire d’Assise. Ecrits, Vies, documents, 179-180. Fr. John Corriveau avait écrit en 2006 : « Le témoignage des Clarisses est important pour les frères du Premier Ordre. Lors des sixième et septième Conseils Pléniers nous avons découvert que la pauvreté et la minorité construisent la communion dans l’Église et dans le monde. Les écrits de sœur Claire donnent un avertissement vital aux frères : « Regarde-le, contemple-le, et n’aie d’autre désir que d’imiter ton époux ... » Quand « l’imitation » est coupée de la contemplation ... de la méditation, elle se réduit à de l’activisme social. […] La consécration des Clarisses à la prière rappelle constamment aux frères qu’on ne peut pas vraiment imiter sans regarder, méditer et contempler ! En citant à nouveau le Pape Benoît XVI, nous pouvons dire en parlant de Claire que « Celui qui va vers Dieu ne s’éloigne pas des hommes, mais il se rend au contraire vraiment proche d’eux » (Benoît XVI, Deus caritas est, 42). La vitalité spirituelle de Claire s’étend au-delà des murs du cloître de San Damiano pour toucher la vie d’Agnès et de ses sœurs à Prague et pour transformer la relation de ses sœurs avec les pauvres de l’Ombrie. Enfermée dans l’espace-Dieu de son cloître, Ste Claire a attiré des hommes et des femmes qui ont reconnu que sa prière n’avait qu’une puissance, celle de l’amour, seule force génératrice de vie » (J. Corriveau, L’image de sa divinité, 2006, 55,4-5). Fr. M. Jöhri a également voulu souligner ce lien avec les sœurs clarisses en leur adressant une lettre dans laquelle il relève le parcours que nous avons réalisé comme capucins : « la relation entre François et Claire est fondamentalement une relation de communion, dans la conscience d’exprimer deux visages du même charisme. Cette relation originale configure la relation entre nos Ordres. La promesse du fondateur - d’avoir soin et sollicitude fraternelle, comme pour ses frères -, est ce qui motive aujourd’hui notre proximité. Le plus important entre nous n’est ni l’association juridique, ni le soin pastoral, ni le service sacerdotal des aumôniers et des confesseurs, c’est la relation de fraternité. Notre réforme capucine désirait fortement revenir à l’intention primordiale de saint François et originellement ne voulait pas prendre soin des monastères de moniales, car cela était considéré comme une tâche stable, fixe et délicate, contraire à la pauvreté et à l’itinérance. Ainsi les premières Constitutions de notre réforme l’interdirent de manière absolue (cf. Constitutions capucines de 1536, chap. XI). La vénérable Lorenza Longo fit un véritable « miracle » en obtenant qu’en 1538 le pape reconnaisse au monastère de Naples, déjà approuvé en 1535, de suivre la première règle de sainte Claire et d’être agrégé aux capucins (cf. Pape Paul III, Motu proprio « Cum monasterium », le 10 décembre 1538). L’inspiration et la passion de mère Lorenza ont permis à la réforme capucine de retrouver la façon initiale d’exprimer les deux visages du même charisme » (M. Jöhri, Deux visages du même charisme, lettre aux Clarisses Capucines, 25 mars 2017, no 1,1-2.)

[54] J. Corriveau, Fraternità evangelica [Fraternité évangélique], 1997.

[55] J. Corriveau, Il coraggio di essere minori [Le courage d’être mineurs], 1994.

[56] Celano écrit ainsi : « Dans chacune de ses prédications, avant de proposer à ceux qui se rassemblaient la parole de Dieu, il priait pour demander la paix, disant : Que le Seigneur vous donne la paix ! Aux hommes et aux femmes, aux passants et à ceux qui le croisaient, c’était toujours elle qu’il annonçait avec la plus grande dévotion. C’est pourquoi beaucoup, qui haïssaient la paix autant que le salut, embrassèrent la paix de tout leur cœur grâce à la coopération du Seigneur et devinrent eux aussi des fils de la paix et des zélateurs du salut éternel » (1C 10, 23 ; EVT 493). Voir aussi fr. M. Jöhri, Annoncer la miséricorde de Dieu, 2015. Par ailleurs, « l’homélie que nous a offert le Pape François – écrit le fr. M. Jöhri dans la lettre Soyez des hommes de pardon du 11 février 2016, rappelant la rencontre avec le Saint-Père du 9 février 2016 – au cours de la célébration eucharistique mettait en relief la grâce du pardon sacramentel : « votre tradition, celle des capucins, est une tradition de pardon. Parmi vous il y a de nombreux bons confesseurs ». Le Pape nous a rappelé que celui qui est capable de pardonner est bien conscient qu’il est lui-même pécheur et il invoque toujours le pardon pour lui-même. Le Pape a ensuite ajouté : « vous, les capucins, vous avez reçu ce don spécial de la part du Seigneur : pardonner. Et je vous le demande : ne vous lassez pas de pardonner ». Il a lancé ensuite un vibrant appel : « soyez des hommes de pardon, de réconciliation, de paix ! » ».

[57] Légende des trois compagnons (3S 14,58, EVT 1146) : « la paix que vos bouches annoncent, ayez-la plus encore en vos cœurs ! Que nul ne soit provoqué par vous à la colère ou au scandale, mais que, par votre mansuétude, tous soient provoqués à la paix, à la bonté et à la concorde ! Car nous avons été appelés à cela : soigner les blessés, réduire les fractures et rappeler les égarés. Nombreux sont en effet ceux qui nous semblent des suppôts du diable, alors qu’ils seront un jour des disciples du Christ ».

[58] John Corriveau, Compassione : Per un approccio francescano al tema di Giustizia, Pace ed Ecologia [Compassion : pour une approche franciscaine du thème de la justice, de la paix et de l’écologie], 1997. Au thème de la paix est lié l’épisode du loup de Gubbio (Fioretti XXI, D.V. 1116-1120). Ainsi le commente le ministre J. Corriveau : « c’est avec une grande simplicité que les Fioretti annoncent la libération de Gubbio : « plaçant toute sa confiance en Dieu », François, « faisant le signe de la très sainte croix, sortit du pays lui et ses compagnons ». La confiance de François en Dieu repose sur la Croix et sur la Fraternité : ce doivent être les instruments de la libération. C’est avec la puissance de la croix que le frère François va à la rencontre du loup, qui concentre en lui toutes les peurs de Gubbio. Bien avant d’aller armé de la croix affronter le loup de Gubbio, François avait déjà élevé la même croix au-dessus de la tête de ses frères à la Portioncule. La Sainte Écriture décrit l’âge messianique comme une ère de paix exceptionnelle. François s’est mis à créer exactement cette « Nouvelle Jérusalem » à Sainte Marie des Anges. Il a exhorté ses frères à une prière intense, à une communion sincère dans la fraternité et à porter les fardeaux les uns des autres. Nous pouvons relever à quel point le respect mutuel, surtout dans l’usage de la parole, était très présent dans leur vie. Un frère coupable de détraction a ainsi été sommé de demander pardon pour son manquement et de réciter à haute voix les louanges de Dieu, pour que tout le monde puisse l’entendre ! (Miroir de perfection, SP 82, EVT 2699). Cet effort pour construire la paix évangélique signifiait que François lui-même devait embrasser la Croix. Un tel effort ne pourrait-il pas aider à expliquer son discours sur « la joie parfaite » ? Le prix en valait la peine ! François a ainsi pu posséder la force de l’unité fraternelle et de la paix évangélique lorsque, « avec ses compagnons », il alla à la rencontre du loup de Gubbio. La Croix et la Fraternité décident du résultat : « Viens ici, frère loup ! Je t’ordonne de la part du Christ de ne faire de mal ni à moi ni à personne ». François peut montrer la vérité au loup avec amour, en lui disant que sa grande haine et sa violence « détruit les créatures de Dieu » et « tue les hommes créés à l’image de Dieu ». François ne cherche pas à minimiser les crimes du loup contre les habitants de la ville. François peut montrer la vérité aux habitants de Gubbio avec amour. Il leur demande de réfléchir à la manière dont le climat social de Gubbio a contribué à la réaction violente du loup : « ...pour les péchés, Dieu permet de telles choses et pestes ». […] La croix du Christ et la fraternité authentique ne pourraient-elles pas donner à un capucin la compassion, le courage et la cohérence de prononcer de telles paroles ? Nous ne pourrons jamais faire déraciner la haine et la violence qui nous entourent si nous ne partons pas de l’intérieur de nos fraternités locales et provinciales. Trop souvent, nous permettons au « loup » de vivre parmi nous : agressions passives, dénonciations violentes, abus d’alcool et de drogue, racisme, abus sexuels et railleries sarcastiques. Nos propres frères ne peuvent pas être guéris ni apprendre de nouvelles manières de faire face à la vie si nos fraternités ne constituent pas pour eux un havre honnête et sûr où ils peuvent ouvrir leur cœur. Nous réfléchissons et discutons souvent des causes de la violence dans notre monde : pauvreté, aliénation, discrimination, dommages psychiques et physiques, ...les causes sont infinies. De telles réflexions nous aident à comprendre et à susciter en nous la compassion. Cependant, seule la croix du Christ et une fraternité authentique peuvent nous donner le courage et la force d’atteindre et de toucher les racines profondes de la souffrance […]. Le premier saint de la réforme capucine, le fr. Félix de Cantalice, fit certainement exactement cela en cheminant par les rues de Rome, parlant de paix dans l’accueil simple et joyeux de chaque personne. Puisse sa vie inspirer nos efforts pour que la paix triomphe sur terre ! ». (J. Corriveau, Che la pace trionfi sulla terra ! [Que la paix triomphe sur terre !] 1995).

[59] Cf. M. Jöhri, Au cœur de l’Ordre : la mission ! 2009 : « l’action missionnaire de l’Ordre ne doit pas d’abord être comprise comme une diffusion quantitative, mais plutôt comme une action qui a pour finalité de porter le charisme de saint François aux cultures qui ne le connaissent pas encore. Notre présence se veut une présence qui vise à féconder la réalité en vue de l’enrichir. En cela, elle sera une présence stimulante pour la communauté chrétienne qui nous entoure. Pour être présent de cette manière, il importe avant tout de clarifier notre propre vocation de frère mineur : celle-ci précède aussi bien la préparation intellectuelle que le désir d’« aller » en mis-sion ».

[60] J. Corriveau, Vi mando per il mondo intero … [Je vous envoie par toute la terre…],1996.

[61] Cf. M. Jöhri, Identité et appartenance des frères mineurs capucins, 2014.

[62] Jean-Paul II, Message à l’Ordre des frères capucins d’Italie, 22 octobre 2003.

[63] Pape François, Message du Saint-Père pour la XLVIIIe journée mondiale des communications sociales, 24 janvier 2014.

[64] Pape François, Laudato Si’. Sur la sauvegarde de la maison commune, 2015, 228.

[65] J. Corriveau, Compassione : per un approccio francescano al tema di giustizia, pace ed ecologia [Compassion : pour une approche franciscaine du thème de la justice, de la paix et de l’écologie], 1997 : « Le sentiment de fraternité a poussé François à se tourner vers le monde. Une fraternité étendue à toute la création. Il était captivé par ce que l’on pourrait appeler « la fraternité cosmique ». Celano décrit comment François a regardé les réalités les plus humbles ... la lumière, l’eau, le feu, le vent, la terre, les plantes, les animaux, les fleurs ... avec étonnement. Il était capable de voir les réalités cachées de la nature. Il ne se contentait pas de louer Dieu pour ses créatures. Il fraternisait avec elles, parlant aux créatures de Dieu « avec une grande joie, intime et extérieure, comme à des êtres dotés de sentiment, d’intelligence et de parole envers Dieu » (CA 86 [LP 49], EVT 1328-1329). Toutes les créatures forment une seule famille devant Dieu. Telle était l’intuition, fraiche et neuve, de François ».

[66] Pape François, Message au IIe forum des communautés Laudato Si’, 6 juillet 2019. Il dit encore dans le même message : « … dans cette perspective pragmatique, je désire vous confier trois mots. Le premier mot est doxologie. Face au bien de la création et surtout face au bien de l’homme qui est le sommet de la création, mais aussi son gardien, il est nécessaire d’adopter une attitude de louange. Face à tant de beauté, avec un émerveillement renouvelé, avec des yeux d’enfants, nous devons être capables d’apprécier la beauté dont nous sommes entourés et dont l’homme est aussi tissé. La louange est le fruit de la contemplation, la contemplation et la louange conduisent au respect, le respect devient quasiment vénération face aux biens de la création et de son Créateur. Le deuxième mot est Eucharistie. L’attitude eucharistique face au monde et à ses habitants sait saisir la condition de don que porte en soi tout être vivant. Toute chose nous est remise gratuitement et pas pour être pillée et phagocytée, mais pour devenir à son tour don à partager, don à donner pour que la joie soit pour tous et soit, pour cela, plus grande. Le troisième mot est ascèse. Toute forme de respect naît d’une attitude ascétique, c’est-à-dire de la capacité de savoir renoncer à quelque chose pour un bien plus grand, pour le bien des autres. L’ascèse nous aide à convertir l’attitude prédatrice, toujours aux aguets, pour assumer la forme du partage, de la relation écologique, respectueuse et courtoise ».

[67] R. Genuin, Remercions le Seigneur ! Lettre à l’Ordre au début du nouveau sexennat, 2019, 11.

Dernière modification le vendredi, 12 juin 2020 10:47